Taiwan célèbre aujourd’hui le trentième anniversaire de la levée de la loi martiale qui était en vigueur dans le pays de 1949 à 1987. Trente-huit années de luttes, de meurtres, de corruption. A la source, des tensions entre la population taïwanaise et l’administration chinoise dégénèrent en contestation populaire en février 1947. Les autorités répliquent en décrétant la loi martiale le 19 mai 1949 et en exerçant sur les protestataires une répression brutale qui fera, selon les estimations, entre 10 000 et 30 000 morts.

Obtenue par le Japon à la suite de la guerre sino-japonaise de 1895, Taïwan passe sous contrôle administratif chinois après la capitulation des japonais en 1945. En Chine, le Kuomintang de Tchang Kaï-chek est alors en lutte avec les forces communistes de Mao Zedong. Initialement, la présence de troupes chinoises est bien perçue à Taïwan, cependant, des accusations de violence et de corruption accentuent les tensions. Elles éclatent le 27 février 1947 alors que des agents chinois du Tobacco Monopoly Bureau tabassent une vendeuse de cigarettes illégales à Taipei. Un homme, qui s’était interposé pour défendre la vieille dame, est tué pendant l’incident, provoquant une forte réaction. Le lendemain, une foule venue protester devant le bureau du gouverneur Chen Yi est accueilli par des balles réelles. Les soulèvements se répandent à travers le pays, les revendications prenant un caractère autonomiste face à l’administration chinoise (voir Le massacre du 28 février 1947).

Manifestation demandant la levée de la loi martiale – 1980

L’arrivée de troupes chinoises, dirigées par le général Liu Yu-chiang, est suivie par une sévère répression, notamment contre les élites taïwanaises. Sur une population de 6 millions d’habitants, on compterait 10 000 à 30 000 victimes. Cette « terreur blanche » est également marquée par le début de dizaines de milliers d’arrestations visant à mâter ce que les autorités perçoivent comme une « menace communiste ». En 1949, les relations entre Taïwanais et Chinois se compliquent encore plus alors que Tchang Kaï-chek et 2 millions de ses partisans, fuyant la prise du pouvoir par les communistes en Chine, se réfugient à Taïwan. Ce dernier restera au pouvoir jusqu’à sa mort, en 1975.

L’ouverture à l’international a été entamée à la mort de Chiang Kai-chek par son fils Chiang Ching-kuo qui devient alors président de la République. Le mouvement Tangwai 黨外 devient plus visible, s’organise et crée le Democratic Progressive Party (民主進步黨) en 1986, qui ne sera toutefois légalisé par le gouvernement qu’en 1991 (lire L’incident de Kaohsiung). En 1987, la loi martiale est levée sur le pays, accélérant le processus de démocratisation. En 1988, Chiang Ching-kuo meurt. Le 23 mars 1996, a lieu le premier suffrage universel plébiscitant le peuple pour élire son président, Lee Teng-hui est élu. En 2000, Chen Shui-bian, du Parti démocrate progressiste (DPP), devient le premier président de la République de Chine non issu du KMT, mettant fin à 55 années de domination du parti unique. En mai 2008, après deux mandats de Chen, Ma Ying-jeou, du KMT, apporte une seconde alternance avec pour objectif le renforcement de la paix dans la région et l’amélioration des relations avec la Chine continentale. En 2016, Tsai Ing-wen, du DPP est largement élue avec plus de 56% des votes. Cette année-là, les taiwanais ont non-seulement élu la première femme présidente mais ils lui donnèrent également une majorité absolue à l’assemblée nationale.

Nous fêtons aujourd’hui le trentième anniversaire de la levée de la loi martiale à Taiwan. Cette journée de souvenir, deux jours après la mort du militant chinois des droits de l’homme Liu Xiaobo, et après avoir appris ce matin la déchéance de leur mandat de quatres députés pro-démocrates à Hong-Kong, est nécéssaire pour se rappeler que la démocratie est un trésor fragile. Taiwan est un phare éblouissant dans la région, chérissons notre pays d’accueil, partageons avec les taiwanais les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Message de la Présidente Tsai Ing-wen:

向台灣人民致敬:寫在解嚴三十週年

三十年前的今天,台灣終於掙脫長達三十八年的國民黨戒嚴統治,向自由和民主踏出了重要的一步。這一步是台灣人民一起踏出去的。長久以來,有些人習慣把台灣民主化歸功於蔣經國前總統,不過,我認為在解嚴三十週年的今天,我們應該把目光放在台灣人民的身上。

讓我們來看看下面這兩張照片。這是1980年代,要求解除戒嚴的519綠色行動所留下的紀錄。在許多黨外運動的歷史影像裡,都有這樣一群背對鏡頭的人。他們可能是卡車司機、是老師、是工廠的工人,或是小頭家,可能沒有人叫得出他們的名字,不過,就是他們推動了台灣的民主化。

在漫長的戒嚴統治時期,這些人無怨無悔的付出。是他們用生命與熱情積極投入,讓我們的民主前輩,堅定不移地確信,終有一天,一定可以突破國民黨的威權統治。

今天是向偉大的台灣人民致敬的時刻,這就是我們的信念。唯有相信人民是讓國家前進的動力,台灣的民主才會不斷往前邁進。

在今天這個特別的日子裡,我想利用這個機會,跟全國人民報告,我心中對台灣民主的願景。

關於民主的台灣,我心中有個藍圖。

首先,我希望台灣有更多的新興本土力量能加入民主政治的運作。因為這會讓台灣的民主政治,一直保持年輕的活力。

其次,我希望台灣公民社會持續茁壯的同時,政黨與公民社會之間會找到一個更理性健康的互動模式。執政不是將各個公民團體的主張照單全收,執政是在理想與現實之間找到平衡點。

最後,我也希望有一天,台灣的所有政黨,都能站在以台灣主體性的立場,來思考國家的未來。上一個三十年,我們用無比的勇氣向所有人證明了,民主不是洪水猛獸。下一個三十年,我們要用同樣的勇氣,打造一個未來不論誰當選總統,台灣人民都不再需要擔心台灣主體性會消失的政治環境。這就是終結藍綠惡鬥的真諦,這也是我們這一代人對台灣的責任。

台灣人不需要妄自菲薄,民主與自由是台灣的優勢。鞏固民主,確保台灣人永遠是民主人與自由人,然後將這個信念向世界傳遞出去。我願意跟所有台灣人民一起努力。

(攝影:宋隆泉)

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