1945 marque la fin de la seconde guerre mondiale. L’île de Taiwan, colonisée depuis 1895 par le Japon passe sous le contrôle de la Chine nationaliste.

Les forces alliées, occupées au Japon et en Corée, demande au gouvernement nationaliste de Chiang Kai Chek de s’occuper de la reddition des japonais, sans régler la question de savoir à qui revient Taiwan après le départ de ces derniers. Le problème réside dans le fait que Formose a subit la politique colonialiste japonaise durant 50 années. Son système social, administratif et culturel a évolué très différemment de celui de la Chine. Le grand fossé entre la Chine continentale et Taiwan, après la seconde guerre mondiale, réside dans le langage. En effet, la langue officielle à Taiwan a été le japonais durant la période coloniale, en conséquence la plupart des taïwanais âgés de moins de 50 ans ne peuvent ni parler ni comprendre le chinois mandarin, même si le taïwanais (dialecte de Formose) partage les idéogrammes chinois à l’écrit. Avec le manque de moyens de communication, un certain fossé se creuse entre la population taïwanaise et le nouveau gouvernement nationaliste.

Le gouverneur Chen Yi

Au lieu d’essayer de surmonter les difficultés,le gouvernement, représenté par le gouverneur Chen Yi, bien au contraire, aggrave la situation en menant une politique autoritaire. Les Taïwanais sont privés du droit d’accéder au pouvoir politique ou de l’exercer. Cela arrive par ailleurs au moment où, à Formose la bureaucratie est de plus en plus corrompue sur fond de dépression économique.

Ce qui va mettre le feu aux poudres à ce que l’on appellera plus tard « l’incident du 28 février », mais qui est en fait un véritable massacre, est l’arrivée de représentants de l’État, chargés de l’administration du monopole gouvernemental du tabac. Les officiels, accompagnés d’une douzaine de policiers confisquent à une femme des cigarettes de contrebande. La femme tentant de s’interposer, est molestée par un des policiers présents. La scène ne manque pas de scandaliser les badauds, donnant lieu à des affrontements dans lesquels un homme trouve la mort.

CHEN Cheng-Po, artiste taiwanais, une victime parmi des milliers d’autres, a été tué le 28 février 1947. Son corps resta en l’état dans la rue pour plusieurs jours.

Le lendemain, le 28 février 1947, une foule incroyable se rassemble dans les rues de Taipei, et consécutivement des révoltes envers le gouvernement ont lieu dans bon nombre de villes de l’île. La loi martiale est alors déclarée et les troupes armées nationalistes tirent sur la foule. La rébellion est finalement écrasée, mais l’armée continue son action les jours suivants, en arrêtant et en exécutant les personnes sensées être capables de mener un mouvement de résistance contre le gouvernement nationaliste. Bon nombre de ces personnes exécutées ou disparues se trouvent être des leaders politiques et intellectuels taïwanais.

L’incident du 28 février est resté pendant longtemps un sujet tabou à Taiwan. Ce n’est qu’en 1993 qu’un rapport est publié par un groupe de 5 historiens sur commande du Yuan Exécutif. C’est la première fois en 45 ans que le gouvernement du Guomindang admet que son armée a tué entre 18000 et 28000 taïwanais « de souche » durant le massacre de 1947.

Cependant, plus de 50 ans après les faits, l’incident du 28 février 1947 empoisonne toujours l’harmonie des ethnies à Taiwan, les affrontements ayant opposé les chinois venus de Chine continentale aux Taïwanais (chinois ayant émigré sur l’île avant le 20ème siècle). Même après les excuses publiques du président Li Tenghui et la construction de monuments commémoratifs à la mémoire des personnes tuées ou disparues, à travers toute l’île, la réconciliation s’avère toujours difficile.

Un monument à la mémoire du massacre

Un monument en mémoire du massacre du 28 février 1947 a été érigé dans le centre ville de Taipei dans un parc baptisé « 2-28 Memorial Park ». Ce monument a été inauguré le 28 février 1997.

Traduction du texte gravé sur le monument :

« En 1945, quand la nouvelle de la défaite et de la reddition japonaise atteint Taiwan, la population taïwanaise se réjouie que l’injuste autorité coloniale japonaise ait enfin cessée. Mais elle fut bientôt surprise par l’incompréhension dont fit preuve Chen Yi , le fraîchement nommé gouverneur de l’île, à l’encontre de Taiwan et de son peuple. Rendant les choses pires, Chen et ses officiers se montrèrent indisciplinés et de corrompus.

Le résultat en fut la chute de la production et de la consommation, le chômage et l’inflation atteignant des sommets. Le ressentiment de la population était à son comble.
Le 27 février 1947, lors d’un contrôle de vente irrégulière de tabac dans la rue Yen-Ping Nord, des employés du « Bureau Taïwanais du Monopole du Tabac et du Vin » frappèrent et injurièrent une vendeuse. Puis ils ouvrirent le feu tuant un badaud innocent. Le public fut outragé.

Le jour suivant, les citoyens de Taipei descendirent dans les rues et manifestèrent. Ils défilèrent jusqu’au cabinet du gouverneur et appelèrent à des sanctions immédiates pour les meurtriers. En réponse, des coups de feu furent tirés sur les manifestant faisant de nombreux tués et blessés. Cela engendra de furieuses protestations dans toute l’île et une lutte contre le régime.

Afin de résoudre le conflit et de calmer les esprits, les leaders des différentes communautés autour de l’île ont commencèrent alors à mettre en place des comités pour servir de médiation entre les protestataires et le gouvernement. Au même moment, une réforme politique était demandée. Chen Yi fut insensible et répondit avec autorité et traîtrise. D’un coté il négociait avec les comités et de l’autre il traitait les leaders comme des traîtres et des voyous, et demanda à Nankin des troupes de renfort. Ayant reçu le rapport de Chen, le président du gouvernement, Chang Kai-Shek, ordonna l’envoie immédiat de troupes.

Le 8 mars 1947, la 21ème division commandée par le général Liu Yu Ching débarquait à Jilong. Le 10 mars, la loi martiale était déclarée dans toute l’île. Ke Yuan Fen, chef du personnel de la Garnison de Commandement de Taiwan (Taiwan Garrison Command) ; Shih Hong Hsi, commandant du District de Jilong ; Peng Meng Chi, commandant du District de Gaoxiong ; Chang Mu Tai, commandant d’un régiment de la police militaire et d’autres commencèrent un brutal  » nettoyage de la campagne  » dans lequel de nombreux innocents furent tué. En quelques mois, le nombre de morts, de blessés et de disparus atteignait des dizaines de milliers. Jilong, Taipei, Chaiyi et Gaoxiong subirent les plus lourdes pertes. L’incident se fit connaître sous le nom de massacre du 28 2.

Depuis lors, le peuple taïwanais fut sous le coup de la loi martiale durant presque un demi-siècle. Le gouvernement et l’opinion publique étaient réduits au silence ; personne n’osant briser le tabou du massacre du 28 2. Cependant, les griefs et les ressentiments envers ces atrocités perpétrées restèrent vivaces et il fut ressenti comme nécessaire de parler ouvertement de ce problème afin de pouvoir en faire le deuil. La méfiance entre taïwanais et continentaux et les disputes entre partisans de la déclaration d’indépendance de Taiwan et ceux d’une unification à la Chine devenaient des problèmes importants avec d’inquiétantes implications potentielles.
Après la levée de la loi martiale en 1987, la population sans aucune distinction de condition sociale sentait qu’il n’y avait aucun espoir de paix et d’harmonie à moins que le profond malaise ne soit endigué. En conséquence, des recherches et des investigations sur le massacre du 28 2 démarrèrent ; le Chef de l’État fit des excuses publiques ; les victimes et leurs familles reçurent des compensations. Et un monument fut érigé.

Pourtant, les soins apportés au traumatisme d’une société doit dépendre des efforts de collaboration de tout son peuple.
Nous avons donc inscrit ces mots sur cette plaque commémorative dans l’espoir de consoler les victimes et de réconforter leurs familles. Nous espérons également que ces mots serviront d’avertissement et de leçon à tous les compatriotes taïwanais. Dorénavant nous devons ne faire qu’un, sans tenir compte de nos différents groupes d’appartenance ; nous devons nous entraider avec compassion et nous traiter mutuellement avec sincérité ; nous devons dissoudre haine et ressentiment et apporter une paix longue et durable.

Puisse le ciel bénir Taiwan et la garder prospère. »

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Avec la participation de Stéphane Fererro

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12 COMMENTS

  1.  »L’île de Taiwan, colonisée depuis 1895 par le Japon est rendue à la Chine. »

    C’est faux, Taiwan n’a jamais était ‘rendu’ a la chine comme bon nombre de personnes veulent nous le faire croire. Les USA ont uniquement donnés comme mission à la RDC (son allie a l’époque) d’accepter la reddition Japonaise a Formose. Il n’a nullement était question de souveraineté de l’ile.

    L’histoire est ce qu’elle est maintenant, mais je crains que le peuple taïwanais souffrira encore dans un proche future de cette véritable injustice historique

  2. Cette « rétrocession » n’était en fait juridiquement pas définie. En effet selon la déclaration de Postdam en 1945, ce transfert de souveraineté devait être une phase transitoire entre l’occupation japonaise et la création d’un Etat indépendant. En 1951 est signé le traité de San-Francisco censé régenter le nouveau statut des Etats en Asie. Aux termes de celui-ci, le Japon renonce à sa souveraineté sur Taiwan mais le nouveau bénéficiaire de cette souveraineté n’est pas déterminé. Il est juste stipulé que « le futur statut de l’île sera décidé en accord avec les intentions et les principes de la charte des Nations Unies ». La guerre froide et les relations entre les USA et de la ROC alors réfugiée à Taiwan feront que contrairement à ce qui avait été initialement prévu, la question de ce statut ne fera jamais mis à l’ordre du jour au sein des Nations Unies, les USA et la ROC n’y ayant aucun intérêt, pas plus évidemment que la RPC lorsqu’elle y sera admise. La situation actuelle de Taiwan est ainsi juridiquement la conséquence d’un déni des engagements internationaux pris à son égard, ce que peu de commentateurs ou de journalistes se hasardent à rappeler.

  3. Intéressant, mais ne faudrait-il pas plutôt appelé « ça » un massacre ? Incident, ça minimise l’affaire, alors qu’on parle de 20000 morts ! C’est pas rien ! Mais bon, c’est la politique du KMT.

  4. Je reconnais que le gouvernement KMT a géré n’importe comment la rétrocession…
    Mais ce que je trouve marrant, c’est que les waiguoren comme vous, vous êtes tous des indépendantistes du DPP…Vous êtes tous comme ça… Taiwan appartient à la Chine ! Un point c’est tout. Je ne fais pas partie du PCC, je hais la Chine communiste mais Taiwan a été et restera un territoire de l’Empire, qu’elle soit dans la ROC ou PRC… Alors arrêtez de dire de la merde. Sur le continent aussi beaucoup de régions ont leur propre culture et coutume qui peuvent différer plus ou moins. C’est pas quelques expressions japonaises dans leur Minnanhua qui font qu’ils soient si différents des autres Chinois du monde entier. Même sur le continent, chaque province a son propre dialecte avec un certain vocabulaire. De plus, 95% des Taiwanais sont HAN, ils sont encore plus Chinois que les « Chinois » du continent (pas de révolution culturelle… normal…). C’est agaçant de voir tant d’étrangers devenir des indépendantistes fous qui soutiennent Chen Shui Bian et sa clique…

  5. Et il est agaçant de lire des gens fous comme vous! Vous faites quoi des millions de taiwanais qui ne se retrouvent pas dans votre description et votent DPP ou TSU? Ils n’existent pas?! A lire vos propos, il me semble que vous ayez une méconnaissance totale de la situation politique taiwanaise.
    Faudrait vous mettre à jour, l’Empire, comme vous dîtes, est tombé en 1911. Et Chen Shui-Bian n’est plus président, il est derrière les barreaux.

  6. Bonne reponse Cedric. Je corrigerais ton propos en disant que de nouveaux empires existent bien aujourd’hui. Il existe en effet deux principales oligarchies en opposition pouvant faire eclater une troisieme guerre mondiale. La premiere se situe a l’Ouest ( Amerique + Europe). C’est ce qu’on appelle l’alliance judeo-chretienne (lire Alain Soral, comprendre l’empire) . La seconde est a l’Est et est represente par l’alliance de trois principaux gouvernements a savoir Iran, Chine, Russie. La particularite donc de Taiwan est juste de ne pas totalement etre soumis avec l’un de ces empires. Alors, oui les waiguoren appreciraient qu’un etat veuillent son independance face a ces mafias mondiales.

  7. « En effet, la langue officielle à Taiwan a été le japonais durant la période coloniale, en conséquence la plupart des taïwanais âgés de moins de 50 ans ne peuvent ni parler ni comprendre le chinois mandarin, même si le taïwanais (dialecte de Formose) partage les idéogrammes chinois à l’écrit. »
    Cette phrase est à corriger, elle implique que les personnes de plus de 50 ans pouvaient communiquer en mandarin alors que ce n’est pas le cas.
    Le mandarin d’aujourd’hui et de 1945 n’a été inventé qu’en 1913 (je vous invite à lire l’article de Yoann Goudin sur création du mandarin moderne dans Taiwan Aujourd’hui). Taiwan était alors déjà une colonie japonaise.
    Seulement une infime partie de la population connaissait le mandarin en 1945: ceux qui s’étaient rendus en Chine durant la période coloniale japonaise.
    De plus, il faut noter que taiwanais et le mandarin sont aussi différents que le français et l’anglais…

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