Portrait: père Yves Moal, l’aide à autrui est la plus grande des joies

0

Article de Chen Liting paru dans United Daily News le 21 septembre 2016 à l’occasion de la remise du prix du Dévouement Médical au Père Yves Moal. Photographies fournies par Yves Moal, traduction par Philippe Tzou.

Le Père Liu Yifeng [nom chinois du père Moal] de l’église de Yuli à Hualien, a dévoué sa vie entière au service des personnes handicapées, des minorités désavantagées, aux personnes avec handicap mental de Taiwan. Ce prêtre de nationalité française qui a été affecté par les Missions Etrangères de France à Taiwan en 1966, vient de passer le cap des 50 ans de dévouement à la société taiwanaise. Et même s’il est d’origine française il semble aimer Taiwan plus que de nombreux taiwanais.

photo-1
© Père Yves Moal

Une traversée à travers le monde pour atteindre Taiwan

Au départ, Liu Yifeng ne supportait pas de voir les personnes sans domicile passer leur nuit à a gare routière, ou apprendre que les anciens détenus de prisons, les anciens toxicomanes ne sont pas acceptés par la société. Il a ainsi ouvert à Yuli un centre d’accueil destinés aux chômeurs, aux personnes à bas revenus et aux personnes handicapées, dédié à les héberger et les aider à la réinsertion par le travail. Il s’est également investi dans l’aide aux personnes handicapées mentales en construisant une structure d’accueil de soins de longue durée. D’après lui, « il y a encore beaucoup de projets que j’aimerais entreprendre mais qui sont loin d’être réalisés », et chaque jour qu’il vit sur le sol de Taiwan, il ne s’arrêtera pas dans son élan.

Arrivé à l’âge de 25 ans, à une époque où il n’y avait pas encore de long-courrier pour traverser les continents, il avait pris son simple sac à dos et partît en bâteau pendant une traversée de plus d’un mois, partant de Marseille en passant par le canal de Suez, le Yémen, Bombay, le Sri Lanka, Hô-Chi-Minh-Ville (à l’époque Saigon), Hong Kong, avant d’atteindre Taiwan.

Liu Yifeng ressent dès son arrivée qu’il ne parviendra jamais à comprendre les autochtones de Taiwan s’il ne maîtrisait pas la langue locale, c’est pourquoi avait-il commencé par apprendre pendant deux ans le chinois à Hsinchu. Aujourd’hui, au cours d’une conversation [en chinois] avec lui, si on n’écoute pas attentivement il est difficile de déceller un quelconque accent étranger dans son langage courant. C’est ainsi qu’après un apprentissage réussi de la langue, il fût assigné à l’arrière-pays de Taiwan, Hualien.

Le Père des ordures – le sauveur de nombreuses vies de personnes désavantagées

Avec un sourire au lèvre, il raconte qu’il y a quarante ans, Hualien n’était pas aussi populaire et développé qu’aujourd’hui, il n’y avait pas autant de touristes, de routes goudronnées et de ponts en bêton, il n’y avait que des chemins de terre battue. Pour un étranger qui connaissait peu les environs, il fallait rouler en scooter sur des chemins de boue, parfois marcher sur les chemins de fer où il faut faire attention aux trains, pour pouvoir silloner à travers Hualien.
Mais c’est aussi parce qu’il a exploré les couches sociales les plus basses qu’il a pu remarquer que de nombreux enfants de familles pauvres ne pouvaient même pas se permettre d’avoir un bureau ni de lampe pour étudier à la maison. Il se souvient de cette époque quand la télévision venait d’apparaître, beaucoup d’enfants faisaient leurs devoirs accroupis à côté du poste de télévision. C’est pourquoi il a décidé de bâtir des bibliothèques, des salles d’études à Hualien et Juihui, pour que les enfants puissent avoir plus d’espace et de lieux appropriés pour étudier.

En 1986, Liu Yifeng est affecté à l’église du village de Yuli, et commence à réfléchir comment il pourrait aider encore plus de personnes désavantagées. C’était l’époque où les premières pensées écologiques commençaient à se répandre à Taiwan. Il s’est mis alors au recyclage et triage des déchets, non juste pour pouvoir ainsi ré-utiliser des déchets et en gagner de l’argent, mais pour également aider les plus démunis. Il fût ainsi surnommé le « prêtre des ordures », ce qui ne parvint point à l’offusquer, persévérant dans sa volonté de prêcher le triage et recyclage des déchets.

photo-2
© Père Yves Moal

Aider les marginalisés à se réinsérer dans la société

Un jour Liu Yifeng apprend qu’un homme avait dormi pendant 4-5 jours à la gare routière alors qu’il s’était retrouvé dans cette situation après avoir été chassé de sa famille. Il estime que les personnes qui n’ont plus de famille, plus de travail, qui ne ressentent plus la chaleur humaine notre société, vont souvent finir par choisir de mauvaises voies. Il invita alors cet homme qui se nommait Chen au foyer de l’église, lui proposa de l’héberger et de l’embaucher pour des travaux de triage de déchets, l’encouragea à passer le permis de chauffeur de camion, pour qu’il devienne ainsi un des premiers chaufeurs de ramassage des déchets à recycler de l’église, transformant ainsi à tout jamais sa vie.

C’est à partir de cette expérience que Liu Yifeng débute son programme de réinsertion par le travail: en embauchant des chômeurs, d’anciens détenus et toxicomanes et d’autres personnes démunies pour effectuer les tâches de recyclage de déchets, les guidant à dépendre de leur propre labeur pour gagner leur vie, et en leur fournissant un hébergement et une stabilité psychologique, faisant ainsi de Yuli le village « qui n’a plus de sans-abris ». Aujourd’hui l’église de Yuli héberge 33 chômeurs sans domicile fixe, emmenés par Liu Yifeng dans son entreprise sociale de recyclage de déchets, et qui s’adonnent à leur travail pour non juste gagner une rénumération mais surtout un respect social.

Ce qui le rend le plus heureux, c’est quand il voit un chômeur qu’il a aidé reprendre confiance en soi et parvient à se réinsérer dans la société. Il y a dix ans, il a rencontré un ancien détenu de prison qui n’avait ni logement ni travail. Liu Yifeng lui offra un logement et un travail dans son atelier de recyclage des déchets, jusqu’au jour où un employeur s’adressa au Père Liu pour de l’aide pour son entreprise d’horticulture. Envoyé par le père Liu à cet horticulteur, cet homme gagna vite la confiance de son employeur pour être finalement employé par ce dernier.

L’amour de l’autrui jusqu’aux plus petits détails

L’amour et le respect que Liu Yifeng a pour ses bénévoles et travailleurs ne se limitent pas à ces travaux et ce foyer qu’il leur confie, mais aussi à l’attention et l’amitié qu’il leur témoigne. Lors de notre interview, alors qu’on était assis dans le salon, voyant entrer les chauffeurs de camion de recyclage, le Père Liu se leva et suggéra qu’on change de lieu pour poursuivre l’entretien: « Ces chauffeurs se lèvent dès l’aube pour débuter leur journée, il faut les laisser se reposer pendant leur pause du midi. »

Les villageois de Yuli le savent tous, il faut adresser tous les déchets et affaires à recycler au Père Liu. Mme Li qui apporte de vieux journaux, des bouteilles en PET à l’église de Yuli s’exclame être vraiment impressionée par le Père Li qui parvient à aider et héberger les plus démunis par des activités de recyclage. C’est pourquoi dès qu’elle a des affaires susceptibles d’être recyclé, elle les apporte à l’église. Ces affaires commencent alors à devenir de plus en plus nombreuses, pour celles qui sont encore en bon état comme les livres et les appareils électro-ménager, le père Liu a ouvert en collaboration avec l’hôpital local une boutique d’affaires de seconde main.

L’accompagnement des personnes trisomiques, il en fait sa besogne éternelle

Mis à part son dévouement pour les chômeurs et autres populations démunies, Liu Yifeng se soucie également des résidents du Centre de Réeducation Anders. Il y a 17 ans, après le décès de l’ancien directeur du centre, le pềre Liu repris cette responsabilité de s’occuper de ces résidents trisomiques. Avec son caractère modéré, son ton chaleureux, Liu Yifeng est devenu depuis longtemps le véritable père de ces résidents du centre.

A la fin de la messe au centre Anders, alors que le père s’apprêtre à repartir pour l’église de Yuli, les résidents ne manquent pas de le suivre jusqu’au seuil de l’entrée pour lui demander de ne pas manquer de revenir les voir le lendemain. Ce centre devait initialement accueillir que des personnes avec un handicap mental âgées de 15 et 45 ans, cependant Liu Yifeng se demande où ces résidents iront après l’âge de 45 ans. C’est pourquoi son projet actuel est la construction d’un nouveau centre dédié aux soins de longue durée, le Centre Yifeng. Ce projet a encore besoin à l’heure actuelle de NT$20 Millions [environ 560,000 euros], mais ce chiffre ne le décourage pas pour autant, il est persuadé de devoir ouvrir ce centre pour accueillir également d’autres personnes âgées au-delà des 45 ans, y compris élargir à des patients ayant d’autres troubles mentaux tels que les personnes affectés par les accidents vasculaires cérébraux.

安德啟智中心
© 安德啟智中心

« A Rome fais comme les romains », une curiosité de vouloir toujours tout essayer.

Vivant à Taiwan depuis une période aussi longue, Liu Yifeng est devenu un véritable taiwanais digne de l’amour qu’il inspire aux autres. Il avoue ne pas avoir de problème avec le « tofu qui pue » ou la soupe au serpent, considérant que c’est seulement en s’accoutumant aux moeurs locales qu’on peut vraiment comprendre une culture. « Ce n’est pas juste pour les flatter, mais les taiwanais sont vraiment adorables! » Il trouve toujours des gens pour l’aider à s’orienter dans les contrées inconnues, et reçoit avec grande gratitude l’aide de très nombreux bénévoles.

Pour l’avenir, Liu Yifeng déclare que « l’humain est responsable de ses projets, mais la destinée ne dépend que du ciel ». Est-ce que chacun de ses rêves se réaliseront, cela va dépendre de l’aide d’encore plus de personnes. Il n’hésite jamais à aider également d’autres structures d’aide et d’accueil, d’organismes caritatifs, car selon lui, aider ne serait-ce qu’une personne en plus est déjà en soit un bonheur absolu.

Pour aller plus loin:

– Faire un don:
Virement bancaire directement au centre Anders:

  • 戶名 (nom du compte):財團法人天主教花蓮教區附設私立安德啟智中心
  • 帳號 (numéro du compte):06650081

– Partagez les pages Facebook:

NO COMMENTS