Grippe aviaire: lorsque l’état tentait de cacher l’épidémie

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« Un secret à ne pas divulguer » (不能戳的秘密) est un reportage d’investigation du journaliste indépendant Li Hui-ren (李惠仁) sur la propagation de la grippe aviaire à Taiwan et la volonté de certains officiels à minimiser son évolution par crainte des conséquences désastreuses sur l’industrie du poulet.

C’est en juillet 2011 que Li Hui-ren décide de diffuser sur Internet le premier épisode de son film réalisé après 6 années d’investigation. Sur Youtube, c’est plus de 600,000 vues et très vite, les médias traditionnels enquêtent à leur tour. Mais il faut attendre mars 2012, dans un climat de campagne électorale, soit 8 mois après la diffusion du film, pour que le Conseil de l’Agriculture (COA) organise une conférence de presse durant laquelle il reconnait enfin la présence d’une souche hautement pathogène du virus de la grippe aviaire H5N2 à Taiwan et la destruction de centaines de milliers de poulets. M. Hsu (許天來) directeur du Bureau d’inspection médicale et de quarantaine des animaux et des végétaux (BAPHIQ), l’agence du COA en charge dans cette affaire des inspections des élevages de poulet, démissionne de son poste. En août de la même année, le vice-ministre du COA indique que son ancien directeur, M. Hsu, aurait volontairement caché l’importance de l’épidémie et aurait falsifié des documents. Son cas a été porté devant le Yuan de Contrôle afin de déterminer des poursuites nécéssaires.

Dans ce film, on apprend, parmis d’autres révélations, que plusieurs élevages de poulets touchés par le virus appartiennent à un ami de l’ancien Ministre du COA Chen Wu-hsiung (陳武雄) en poste de 2008 à 2012, et que celui-ci aurait demandé à M. Hsu, directeur du BAPHIQ, de retarder l’annonce officielle de l’épidémie de grippe aviaire à Taiwan. Li Hui-ren dénonce aussi « un mécanisme de protection mutuelle » des différentes agences gouvernementales, et enfin, les modifications effectuées par le BAPHIQ à des circulaires internationales émanant de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE), dont Taiwan est membre, afin de minimiser l’épidémie.

Li Hui-ren avait reçu des menaces de mort, il commence d’ailleurs la seconde partie du film avec un enregistrement téléphonique d’une personne lui conseillant de faire « attention ». Il aura été diffamé par le COA, le BAPHIQ et des patrons d’élevages de poulet, mais il aura tenu bon. En 2014, il remporte le prix du meilleur reportage au Festival du Film de Taipei avec la seconde partie de son enquête « Un secret à ne pas divulguer, seconde partie, machine d’état » (《不能戳的秘密》第二集《國家機器》)

《不能戳的秘密》第二集《國家機器 (« Un secret à ne pas divulguer », deuxième épisode, en chinois mandarin, avec sous-titrage en anglais)

《不能戳的秘密》 (« Un secret à ne pas divulguer », premier épisode, en chinois mandarin, sans sous-titrage)

Retrouvez le blog du réalisateur Li Hui-ren (李惠仁) http://www.died.tw

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