Interview de Mme. Janick Magne, candidate Europe Écologie-Les Verts

0

1) Pouvez-vous vous présenter et nous décrire votre parcours. Etes-vous actuellement «français de l’étranger» ?

Oui, je suis Française de l’étranger à 100%, je vis et travaille au Japon depuis 33 ans. Avant de m’installer au Japon, j’ai passé un an à Moscou. J’ai donc passé plus de la moitié de ma vie hors de France. Mon conjoint n’est pas Français et mes enfants sont binationaux.
Je suis née dans une famille très modeste, au sein d’une fratrie de 5 enfants. Ma famille a été profondément marquée par la seconde guerre mondiale (grand-père maternel mort en déportation dans un des « convois de la mort » nazis vers le camp de concentration de Dachau, mon père résistant interné politique au camp de Gurs en France). L’engagement social et politique de ma famille couvre plusieurs générations, c’est une mémoire collective précieuse !
Sur 13 jeunes (frères, sœur, cousins et cousines) de ma génération, nous n’avons été que deux à passer le bac et aller en fac, c’était le lot des familles d’ouvriers et de petits artisans à l’époque. Passionnée par les études, j’ai obtenu plusieurs diplômes dans des disciplines diverses : russe, histoire de l’art, études africaines à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux puis FLE (français langue étrangère) etc.
Arrivée au Japon fin 1978, je me suis mise au japonais et j’ai commencé à enseigner en université en 1983, après la naissance de mes enfants. Titularisée en 1991 je travaille actuellement dans une université privée au centre de Tokyo. On me connaît bien aussi au Japon pour avoir animé de nombreuses émissions d’enseignement du français à la radio et à la télévision et publié plusieurs manuels de français, prêté ma voix à d’innombrables CD d’apprentissage du français et à pas mal de vidéos et publicités.
Active dans la vie associative, j’ai été pendant plusieurs années présidente de l’Association des Familles Franco-japonaises au Japon et suis membre de Français du Monde-ADFE du plus loin que je me souvienne.

2) La 11ème circonscription est très vaste, comment pensez-vous «entendre» les besoins des français de cette région, comment pensez-vous les rencontrer si vous êtes élu ?

Effectivement, sur une circonscription de 49 pays, il est indispensable de s’associer aux organistaions et institutions qui existent déjà et qui connaissent bien les Français sur place. J’entretiens déjà de nombreux et cordiaux contacts avec plusieurs conseillers élus de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) et avec des associations locales. J’entends bien élargir ce réseau et travailler en collaboration avec tous ceux qui seront prêts à cela. Il y aussi le réseau consulaire, et bien sûr les contacts personnels sont importants. J’envisage donc de me déplacer dans la zone fréquemment à la rencontre des Français et de leurs familles. Je serai aussi accessible et directe que je le suis maintenant et je collaborerai avec tous ceux et toutes celles qui le souhaiteront. Je voudrais que les Français prennent part à mon mandat !

3) Quelle est votre position sur l’impôt des français établis hors de France ?

Ma position est celle d’Europe Ecologie-Les Verts, à savoir : je suis contre la double- imposition (à la différence, à ce jour en tout cas, de l’UMP, du PS et du Front de Gauche). Mais en même temps nous soutenons les efforts de Bercy contre l’évasion fiscale. Il faut absolument faire la différence entre l’immense majorité des Français qui vivent de leur travail dans les pays où ils résident et la toute petite minorité de gens qui profitent des divers systèmes en place pour faire passer leur argent à l’étranger et couper court aux impôts.

4) Soutenez-vous le projet de gratuité des écoles française à l’étranger pour les français de l’étranger ?

Il est évident que nous sommes pour la gratuité des écoles françaises à l’étranger, mais encore faut-il qu’elle soit possible. La gratuité d’accès à certaines classes (actuellement les 3 classes au niveau du lycée) peut sembler une superbe idée mais elle ne doit pas se faire au détriment des bourses jusqu’alors allouées aux familles en difficulté. Or c’est ce qui se passe maintenant. Pour assurer la gratuité, il y a eu un déplacement du budget qui prive au moins deux postes d’une bonne partie de leur financement antérieur : la construction et amélioration des bâtiments d’une part et les bourses d’autre part. 3 ans de gratuité n’empêchent pas 9 années de frais très élevés pour les autres classes. Il faut également réfléchir à la participation des grosses entreprises françaises qui payaient toute la scolarité des enfants de leurs employés, alors que pour les résidents sur le long terme employés « en local » rien de tel n’a jamais existé, non plus d’ailleurs que pour les fonctionnaires français. Nous proposons une restructuration de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et une politique des bourses ambitieuse pour aller vers la gratuité totale le plus tôt possible. Il ne faut pas oublier que la gestion des écoles françaises connaît plusieurs formes (gestion parentale, gestion avec l’aide des entreprises, gestion semi-privée etc.) et qu’un plan d’ensemble doit être mûrement pensé. Au passage, je signale que mes enfants ont fait une partie de leur scolarité au lycée français de Tokyo à l’époque où la gratuité n’existait pas et que cela a considérablement grevé mon budget, je comprends donc fort bien le problème.

Avec Eva Joly à Tokyo

5) Quelle est votre position sur le récent durcissement des conditions du mariage mixte ?

Je déplore ce que certains ont appelé « une intrusion de l’administration dans la chambre à coucher » des couples mixtes ! Par principe, je n’accepte pas qu’on impose à des couples, sous prétextes qu’ils sont mixtes, des conditions de surveillance et/ou des pénalités qui seraient impensables pour des couples franco-français. C’est dégradant et ça revient surtout à faire passer les comptes en banque au premier plan. Désolée mais, pour reprendre les termes d’associations comme Les Amoureux au Ban Public (quel joli nom !) ou Ardhis, la liberté de mariage est protégée par la Constitution et garantie par la Convention européenne des droits de l'homme, il ne faudrait quand même pas l’oublier ! J’ose espérer que la nouvelle majorité gouvernementale saura prendre le contre-pied des décisions de la droite et de M. Sarkozy dans ce domaine aussi. Moi, je me battrai pour ça au sein de l’hémicycle si je suis élue. Et puis, quand on parle mariage mixte, on pense forcément « enfants binationaux ». Faires bien attention parce que mon adversaire, M. Mariani, propose de ficher les binationaux. Ne vous laissez pas faire !

6) Quelle est votre position sur les lois LOPPSI, HADOPI, ACTA, etc..?

Je suis en accord total avec les positions d’EELV sur la question. Eva Joly, que j’estime énormément, s’en était expliquée dans une interview pour le Nouvel Observateur en décembre 2011, intitulée « HADOPI est une absurdité ». HADOPI, LOPPSI, ce sont des lois répressives qui entravent la liberté des citoyens, qui autorisent la délocalisation et l’espionnage des gens. Il y a quand même d’autres moyens que cette solution totalitaire de rétribuer les artistes, vous ne croyez pas ? Ca m’agace, ce manque d’imagination, cette absence de souplesse dans les solutions. Toujours sévir, sévir… ! Eva Joly compare ça au contrôle des semences par la firme Monsanto. Il ne faut pas se laisser manipuler, on est en train de faire de nous des robots obéissants soumis au pouvoir de quelques-uns. Il y a un militant des droits numériques qui a imaginé un logiciel libre en vertu duquel on ferait payer aux internautes une somme forfaire qui serait reversée aux artistes. Voilà la direction que nous devons prendre, la piste à suivre. ACTA, et c’est extrêmement grave, est un traité répressif qui touche à tous les domaines. Heureusement, pour l’instant son approbation est suspendue parce que plusieurs pays ont refusé de jouer le jeu devant le manque de transparence et la portée des interdictions. J’ai signé la pétition pour le bloquer. Et vous ? N’hésitez pas !

7) Que souhaitez-vous dire aux français de Taiwan ?

Je dirai aux Français de Taiwan ce que je dis à tout le monde : votez ! Avec cette grande première des législatives des Français de l’étranger nous avons la perspective non seulement d’améliorer nos conditions de vie et de travail à l’étranger mais aussi de préserver la France, notre pays, où l’on aime bien retourner de temps en temps, où l’on s’installera peut-être pour la retraite, où nos enfants feront un jour leurs études, pourquoi pas, et puis leur vie… Alors, ce pays, il faut le préserver, lui conserver ses paysages magnifiques sans forage de gaz de schistes, sans centrales nucléaires, protéger son agriculture saine sans l’intervention de tous ceux, la firme Monsanto en premier, qui voudraient privatiser les semences et imposer les OGM. Pour tout cela, pour votre vie ici et pour votre pays là-bas, votez, et votez bien ! Bonne continuation à tous.

Site internet: http://janickmagne.fr

Vidéo de campagne:

zp8497586rq

NO COMMENTS