Interview de M. Paul Dumont, candidat Parti Radical – ARES

3

1) Pouvez-vous vous présenter et nous décrire votre parcours. Etes-vous actuellement «français de l’étranger» ?

Au total, je réside en Asie depuis 24 ans. Après des études en Sciences Economiques, à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et au Centre de Formation des Journalistes, je suis parti comme coopérant à l’Ambassade de France aux Philippines de 1982 à 1984. De retour en France pendant six ans, un groupe français spécialisé dans la communication d'entreprise m'a proposé de fonder en Thaïlande sa première filiale asiatique. J'en suis devenu le principal actionnaire en 1996, ce qui fait de moi un entrepreneur indépendant depuis 16 ans et un résident français en Thaïlande depuis 22 ans.

Dès mon arrivée, je me suis impliqué dans les activités de la communauté d’affaires française, à la Chambre de Commerce Franco-Thaïe, puis au sein de la section Thaïlande des Conseillers du Commerce Extérieur (CCEF), dont j’ai été élu Président en janvier 2008. Plus récemment, je suis entré au bureau de l'Alliance Française de Bangkok. Participer aux activités de la communauté française à l'étranger est pour moi une question de devoir civique.

Avec mon épouse philippine et nos deux filles, qui ont la double nationalité, nous formons une famille française, mixte et multiculturelle. Je crois que de nombreux électeurs peuvent se reconnaître dans ma candidature et la soutenir, car je connais bien leurs préoccupations et qu'au fond, je leur ressemble.

2) La 11ème circonscription est très vaste, comment pensez-vous «entendre» les besoins des français de cette région, comment pensez-vous les rencontrer si vous êtes élu ?

Avec 49 pays, la 11ème circonscription est effectivement la plus vaste de toutes. Elle compte près de 127 000 Français inscrits sur les listes consulaires et 80 000 électeurs.

Si je suis élu, comme je l'ai fait pendant ma campagne, je resterai constamment en contact avec eux via l'Internet. Chaque Francais résidant dans l'un de ces 49 pays aura la possibilité de me contacter directement par email, comme un grand nombre d'entre eux l'a déjà fait.

Je me rendrai aussi souvent que possible dans les différents pays de la circonscription. Je le ferai à partir de Bangkok, car à la différence de nombre de mes concurrents, j'ai l'intention de continuer à résider en Asie. La Thaïlande a l'avantage d'être située à peu près au centre de la circonscription. Cela me permettra de rayonner dans les différents pays plus facilement. Pour se rendre à Taiwan, il est plus facile de voyager au départ de Bangkok que de Paris, et cela vaut pour la plupart des pays de la circonscription.

Pour autant, je serai un député à plein temps et j'ai l'intention d'être très présent à Paris, notamment lors des sessions parlementaires.

Je m'appuierai sur un réseau de correspondants que j'ai commencé à mettre en place au cours de cette campagne, dont mon suppléant Romain Masson, qui est professeur d'Histoire-Géographie à Shanghai et de nombreux contacts dans les autres pays. Je travaillerai enfin en étroite collaboration avec les élus à l'Assemblée des Français de l'Etranger, ainsi qu'avec les sénateurs des Français de l'Etranger.

3) Quelle est votre position sur l’impôt des français établis hors de France?

Je suis hostile à toute mesure fiscale spécifique à l’encontre des seuls Français de l’étranger. De ce point de vue, je regrette que les deux principaux candidats à l’élection présidentielle aient, chacun dans leur registre, engagé le débat sur des bases trompeuses, en suggérant à nos compatriotes qui vivent dans l’Hexagone que les Français de l’étranger ne paient pas du tout d’impôts en France, ce qui est faux.

Si je suis élu demain, l’un des aspects essentiels de mon rôle de député tel que je le conçois consistera à expliquer sans relâche à mes collègues parlementaires et aux Français en général ce qu’est la réalité de notre vie à l’étranger. Il faut en finir avec le cliché des exilés fiscaux, qui ne concerne qu’une infime minorité, et changer l’image et la perception souvent erronée que nombre de nos compatriotes, y compris au sein de la classe politique, ont de nous.

4) Soutenez-vous le projet de gratuité des écoles française à l’étranger pour les français de l’étranger ?

En matière de scolarité, la gratuité de l’enseignement pour les enfants des Français de l’étranger, promise en 2007 par Nicolas Sarkozy, était de prime abord une idée alléchante. Mais c’est un bon exemple où l’on voit qu’en dépit d’une louable intention de départ – qui pourrait s’opposer à la gratuité de l’enseignement pour nos enfants ? – c’est la mise en application qui a posé problème. Cinq ans plus tard, la mesure ne concerne que les élèves du lycée, soit moins de 8000 élèves pour l'ensemble du monde, et encore a-t-elle été plafonnée sur la base des tarifs de l'année 2007-2008.

Pendant la dernière campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait promis d'étendre progressivement la Prise en Charge (PEC) aux classes de collège dès 2013, tandis que François Hollande veut la supprimer au profit des bourses, celles-ci étant attribuées sous condition de ressources.

Il faut bien admettre que la mise en œuvre partielle de la PEC a ajouté de la confusion, multiplié les statuts, compliqué les procédures, tant pour les familles que pour l’administration des établissements scolaires. Au total, cela a généré de nouvelles inégalités entre les familles, selon qu’elles en bénéficient ou non.

Quant au système des bourses, pour en avoir parlé avec de nombreux parents, présidents de comités de gestion et proviseurs depuis le début de ma campagne, c'est un système lourd et bureaucratique qui, selon les critères actuels, exclut un grand nombre de familles qu'on ne saurait considérer comme riches.

Je pense pour ma part que ni l'un ni l'autre de ces deux systèmes ne sont satisfaisants. C'est la raison pour laquelle je propose de remettre tout cela à plat et de se fixer un moratoire d'un an pendant lequel on conserverait le système actuel. Avant de prendre de nouvelles décisions, il me paraît plus sage de procéder à une évaluation aussi complète qu’objective des deux dispositifs, pris ensemble et séparément. C'est à partir de cette évaluation rigoureuse qu’on pourra décider et choisir la meilleure solution: soit étendre la gratuité, mais il faudrait à mon avis que cela concerne rapidement toutes les classes; soit s'en remettre au dispositif des bourses, mais cela suppose de revoir les critères d'attribution aujourd'hui très contraignants.

5) Quelle est votre position sur le récent durcissement des conditions du mariage mixte ?

Je suis particulièrement sensible à cette question, étant moi-même concerné, tout comme 46% des couples français vivant à l'étranger, qui sont binationaux. Mon épouse est philippine, elle est devenue française par le mariage. Nos deux filles, qui sont âgées de 19 et 17 ans, sont à la fois françaises et philippines, et se sentent parfaitement à l'aise dans les deux cultures. Il leur serait absolument impossible de choisir entre leurs deux nationalités. C'est la raison pour laquelle je suis résolument opposé et me battrai en toutes circonstances contre toute mise en cause du principe de la double nationalité.

S'agissant des conditions du mariage mixte, évitons les anathèmes, les approximations et ne tombons pas dans la démagogie. Je regrette le durcissement récent des conditions permettant de se marier avec un conjoint étranger. Après notre mariage, mon épouse avait dû attendre un an avant d'obtenir la nationalité française et nous avions trouvé ce délai bien long, d'autant qu'elle avait trouvé un emploi dans une grande entreprise française et avait dû attendre la fin de cette période d'un an pour pouvoir commencer à travailler. Quand je vois que ce délai a été porté à quatre ans avant de pouvoir obtenir la nationalité francaise, je ne suis pas sûr que cela aille dans le bon sens. Je veux bien admettre la nécessité de lutter contre les faux mariages, mais ne prenons pas des mesures d'ordre général à partir de cas exceptionnels. En cette matière comme dans d'autres, faisons preuve de mesure et de pragmatisme.

6) Quelle est votre position sur les lois LOPPSI, HADOPI, ACTA, etc… ?

Face au développement rapide des nouvelles technologies liées à Internet, il faut bien reconnaître que le législateur est souvent en retard. Je souhaite aborder ces questions sans a priori partisan, à partir de l'étude approfondie des dossiers et en procédant à des évaluations régulières des lois existantes.

S'agissant de la loi Hadopi, je crois qu'il faut trouver un bon équilibre entre l'accès le plus large possible aux contenus culturels, tout en respectant le droit des auteurs. L'accès sauvage et gratuit à la musique, aux films ou aux logiciels aboutirait à terme à casser l'esprit de création et à fragiliser, voire détruire, l'industrie culturelle. C'est à cela qu'a tenté de répondre la loi Hadopi. Après quelques années de mise en application, on devrait maintenant pouvoir en évaluer les effets, positifs comme négatifs, et apporter là où cela se révèlerait nécessaire les évolutions ou les corrections qui conviennent.

Pour les lois Loppsi et Acta, je suis plus réservé dans la mesure où l'une et l'autre apparaissent comme des tentatives de certains Etats, dont la France et les Etats-Unis, de limiter l'usage d'Internet par une simple mesure administrative et sans décision de justice.

D'une manière générale, je crois qu'il faut préserver au maximum l'esprit d'Internet tel que l'ont pensé ses précurseurs, à savoir une grande liberté. Là encore, il faut se livrer à une étude et une évaluation fines pour trouver le bon équilibre entre liberté de création et d'usage tout en protégeant les utilisateurs des abus. Comme on l'a vu récemment avec des faits divers tragiques en Norvège, aux Etats-Unis ou en France, on ne peut pas tolérer l'apologie du crime, de la violence ou de la pédophilie sur Internet. En même temps, la lutte contre le crime et l'extrêmisme ne devrait pas aboutir à restreindre des activités culturelles ou autres qui n'ont rien à voir avec ces dévoiements.

J'ajoute que dans cette ère digitale qui ne fait que commencer, nous devrions utiliser ces nouvelles technologies pour rendre plus facile l'accès de nos contenus culturels aux Français qui vivent à l'étranger et faire rayonner davantage encore la culture française.

7) Que souhaitez-vous dire aux français de Taiwan ?

Comme les autres Français établis dans la 11ème circonscription, les quelque 1500 Français de Taiwan sont des gens courageux et déterminés, fiers de représenter notre pays et son savoir-faire. Ils savent ce que veut dire se battre au quotidien sur des marchés hautement compétitifs et concurrentiels. Pour reprendre mon slogan de campagne, « ils regardent la France de loin, la voient mieux » et la voudraient plus forte, plus efficace et mieux armée pour affronter la compétition internationale
Je les encourage à voter, soit sur Internet entre le 23 et le 29 mai pour le 1er tour – entre le 6 et le 12 juin pour le second tour – soit en se rendant aux urnes dans les bureaux de vote mis à leur disposition les 3 et 17 juin.

S’ils m’accordent leurs suffrages, ils peuvent compter sur moi pour les représenter avec efficacité et honnêteté à l'Assemblée Nationale. Je tiendrai compte de leurs avis et opinions et les ferai entendre lors des travaux en commission ou dans l’hémicycle chaque fois que cela sera nécessaire. J’expliquerai sans relâche qu’il ne faut pas nous considérer, nous Français de l’Etranger, comme une communauté de nantis coupés de notre pays d’origine, mais au contraire comme un formidable atout sur lequel la France peut s’appuyer pour retrouver optimisme et confiance en l’avenir.

Site Internet: http://www.pauldumont2012.fr

Vidéo de campagne:

zp8497586rq

3 COMMENTS

  1. Partage de twit de OT2012Shanghai : Parmi les 20 candidats de la 11è circonscription Asie/Océanie, 7 n’y sont pas inscrits: peut-on parler de représentativité ?

Comments are closed.