Taïwan et ses "programmes souterrains"

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Dans une situation complexe et délicate aussi bien politiquement que militairement, la République de Chine à Taiwan doit mener un activisme de tous les instants pour assurer sa visibilité sur la scène mondiale mais aussi sa sauvegarde face à son seul ennemi déclaré : la République populaire de Chine. Une menace de tous les instants qui a parfois poussé les autorités de l'île à envisager des solutions extrêmes pour en assurer la défense.

1. Programme nucléaire : le serpent de mer taïwanais.

Officiellement, Taïwan  ne possède pas d'armes nucléaires et s'interdit d'en développer. Toutefois, par deux fois – entre 1974 et 1977 puis entre 1978 et 1987 – les autorités taiwanaises ont tenté de mettre au point une bombe atomique. Et l'on pense aujourd'hui que ce pays, de même que le Japon et la Corée du Sud, a les moyens scientifiques et techniques de fabriquer ce type d'arme dans des délais d'un à deux ans. En outre, Taiwan possède déjà les vecteurs nécessaires à la projection de ces bombes sur une grande partie de la république populaire de Chine. En technologie militaire, un vecteur est un « aéronef, navire ou engin capable de transporter une charge nucléaire ou une autre arme ». Dans le cas de Taiwan ses vecteurs seraient ses chasseurs-bombardiers F-16 A/B modernisés et ses missiles de croisière.

Dès que la république populaire de Chine eut testé sa première bombe A, en 1964, et commencé à développer son arsenal nucléaire, les autorités de Taipei, alors encore aux yeux de nombreux pays le représentant légal de la Chine, décidèrent d'entamer des recherches dans le domaine nucléaire militaire. Ces recherches ont été menées au Chungshan Institute of Science and Technology ( 中山科學研究院 ) fondé en 1968 et l'Institute of Nuclear Energy Research (INER) fondé en 1969. Bien que ce dernier institut dépende formellement du conseil à l'énergie atomique créé en 1955 , lui-même subordonné au Yuan exécutif, son personnel travaille sous la direction de l’institut Chungshan. Les premières informations remontent à 1967. Cependant, c'est après son expulsion de l'ONU en 1971 que la république de Chine envisagea sérieusement de se doter de l'arme nucléaire. L'isolement international de Taïwan est étroitement lié à ce tournant stratégique.

Certes, Taipei adhère au traité sur la non-prolifération des armes nucléaires le 1er juillet 1968. Et bien qu'elle fut, en 1971, expulsé de l'AIEA, la République de Chine signa dans les années qui suivirent trois accords l'engageant à n'utiliser ses installations nucléaires que dans un but civil : l'un avec l'administration américaine, le second avec l'AIEA et Washington et le troisième avec l'AIEA. Néanmoins, c'est après de dures transactions que les inspecteurs de l’AIEA purent, en 1976/1977, pénétrer dans les installations de l'INER et rassembler des preuves sur le programme nucléaire militaire de Taiwan. Immédiatement, les Américains exigèrent de Taipei un abandon de ce projet. Cependant, en 1978, à la demande de Chiang Ching-kuo, fils de Tchang Kaï-chek devenue président de la République de Chine, les recherches reprirent. Un essai nucléaire de petite dimension (sans doute un essai hydronucléaire) effectué en avril 1986 sur la base de Chiu-p’eng (Chiu-Peng, Chiupeng à l’extrémité sud de Formose), fut repéré par les satellites espion américain. Washington demanda alors à Taipei d'immédiatement mettre fin à ce programme et de respecter ses engagement internationaux.  Mais ce n'est qu'en décembre 1987 ou janvier 1988, a la suite du départ précipité vers les États-Unis avec de nombreux documents d'un espion à la solde de la Central Intelligence Agency, le colonel Chang Hsien-yi, l'un des quatre directeurs-adjoints de l'INER, que les Américains accentuèrent leur pression.

L'on dit qu'alors, après avoir prévenu au dernier moment Chiang Ching-kuo déjà malade (il décédera le 13 janvier 1988), la CIA détruisit secrètement les installations et la documentation relative à la fabrication d'armes nucléaires se trouvant au centre de Taoyuan. Peu après Taiwan ferma son plus grand réacteur de recherche civile, le Taiwan Research Reactor de 40 mégawattsfournit par le Canada en 1969 et ayant atteind sa masse critique le 3 janvier 1973; celui-ci pouvant fournir jusqu'a dix kilos de plutonium à usage militaire par an. Le président des États-Unis Ronald Reagan demanda au nouveau président de Taïwan Li Teng-hui un arrêt total et vérifiable de ce programme, ce qui entraina également l’arrêt du programme de missile balistique associé.

Depuis, les autorités taïwanaises ont officiellement renoncé à se doter de l'arme nucléaire mais rappellent, à chaque fois, qu'elles le jugent nécessaire, leur capacité de développer ce moyen de dissuasion dans un laps de temps relativement brefs. Ainsi, fin juillet 1995, au début de la troisième crise du détroit de Taïwan, le président Li Teng-hui déclara : « La république de Chine à les moyens de développer l'arme nucléaire mais elle n'a en aucuns cas l'intention de le faire ».Certain responsables du Parti démocrate progressiste dans l'opposition indépendantiste dont Chou Po-lun et Lin Yi-hsiung étaient, à cette époque, ouvertement favorable à cette option mais d'autres responsables du PDP, tels Parris Chang, y ont toujours été farouchement opposés.

Régulièrement, des informations rapportent que Taiwan resterait engagé dans la recherche nucléaire militaire, et même qu'elle posséderait un déjà un certain nombres d'armes nucléaire. Plusieurs publications accréditent l'idée qu'à la suite de la crise des missiles de 1995-1996, du fait de l'accroissement des risques extérieurs, Taiwan aurait acquit quelques armes d'origine russe ou plus vraisemblablement sud-africaines qui pourraient être utilisé en cas d'attaque de l'Armée populaire de libération (nom officiel de l'armée chinoise). Selon ces sources, Taipei aurait les moyens de lancer au moins deux missiles de moyenne portée en direction du continent. Cependant, tant l'Intelligence Community américaine que les services de renseignement russes continuent d'affirmer publiquement que Taiwan ne dispose pas de telles armes. A noter que les sept armes nucléaires produites par l'Afrique du Sud ont été officiellement détruites au tout début des années 1990.

2. Guerre chimique et biologique : connexions passées et capacités actuelles.

Dans les années 1980 Taiwan, isolé diplomatiquement, noua des contacts avec d'autres pays alors au ban des nations, Israel d'une part et l'Afrique du Sud de l'apartheid de l'autre. Si Taiwan n'entretiendra jamais de relations diplomatiques officielles avec ces deux pays il n'en reste pas moins que leurs militaires haut-gradés respectifs viendront souvent à échanger et à se rencontrer. Dans les années 1980, Taiwan eut ainsi la visite du tristement célèbre Wouter Basson, médecin cardiologue  travaillant alors  en tant que chef de du programme bactériologique et chimique sud-africain (Project Coast) et ayant le grade de général de brigade. Son voyage à Taiwan devait lui permettre de récolter des informations sur ce qui se faisait en la matière en République de Chine. Néanmoins, Taiwan n'ayant jamais dépassé le stade des recherches prospectives en ce domaine, on ignore ce qu'aura réellement pu ramener de Formose le médecin sud-africain.

Aujourd'hui Taiwan est l'un des rares pays au monde à posséder des laboratoires dits « P4 » (Polymers, Properties and Polymerization Processes) lui donnant les moyens de travailler en sécurité sur des agents pathogènes nouveaux ou plus anciens contre lesquels il n’existe pas encore de traitement ou de vaccin. Deux laboratoires de ce type sont présents dans l'île : le Kwen-yang Laboratory ( 昆陽實驗室 )  sous contrôle du Ministère de la santé et le Preventive Medical Institute of ROC Ministry of National Defense sous contrôle des forces armées. Il est déjà arrivé que la presse locale se fasse l'écho de rumeurs voulant que Taiwan cherche à développer des armements biologiques mais elles seront à chaque fois démenties par les autorités sans qu'aucune preuve ne vienne étayer ces rumeurs de programme offensif. Les activités de ces deux laboratoires sont jusqu'à maintenant uniquement dites « défensives » : détection de germes infectieux et mise au point d'éventuels vaccins.

Taiwan possède en revanche de très petites quantités de gaz sarin mais uniquement à des fins d'études et de recherches défensives ce qui est en accord avec les différents accords internationaux.

Sources :

  • Les armes chimiques et biologiques : Qui les fabrique ? Qui les achète ? Comment agissent-elles ? Comment s'en prémunir, de Daniel Riche, éditions Archipel Paris, janvier 2011
  • DSi Technologies n°17, mai-juin 2009
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