Les soins de santé à Taiwan

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Les affaires relatives aux soins de santé sont administrées par le département de la santé du Yuan exécutif. Comme la plupart des pays très développés, Taiwan a une population bien portante mais qui souffre de problèmes liés à l'obésité ou aux maladies cardiaques chroniques. La réforme du système de santé à Taiwan a été entamée dans les années 1980 après deux décennies de croissance économique. Pour ce faire, le gouvernement enverra des émissaires étudier à l'étranger ce qui se faisait en la matière de système de santé collectif, ils observèrent une dizaine de pays et essayèrent d'en combiner les meilleures idées pour créer leur système de santé unique.

Le système de santé à Taiwan est désigné NHI pour National Health Insurance et a été institué en 1995. Géré par le BNHI (Bureau of National Heatlth Insurance), ce système s'apparente à une assurance sociale dont le but est d'assurer une couverture médicale à tous les Taïwanais, qu'ils soient actifs, sans-emplois, démunis ou frappés par un désastre naturel. Ce programme a en réalité rassemblé en son sein les 13 régimes d'assurances santés qui existaient jusque là et qui s'adressaient à divers publics :  fonctionnaires, salariés, pêcheurs et agriculteurs en particulier, pour ne couvrir que 60% de la population. Le nouveau système a permis d'intégrer tous ceux qui ne bénéficiaient d'aucune couverture, notamment les personnes âgées, les enfants, les étudiants et les sans-emploi.

Le NHI alloue des fonds à quatre catégories d'institutions médicales : les cabinets médicaux, les hôpitaux, les cabinets et cliniques spécialisés dans la médecine chinoise, et enfin les cabinets dentaires.

La couverture médicale de base inclus :

  • L'hospitalisation et le transport en ambulance.
  • Divers tests en laboratoire.
  • Le remboursement de médicaments vendus sans ordonnance.
  • Les soins dentaires.
  • Les soins de santé pour les problèmes mentaux.
  • La médecine chinoise traditionnelle.
  • Les soins de santé à domicile.
  • Les services préventifs (Check-up pour adultes et enfants, soins prénatals,…)

De même, ce système d'assurance offre différents avantages en fonction des catégories sociales ou de l'âge des patients. Les analyses de sang et d'urines sont remboursées pour les assurés de plus de 40 ans. Au-dessus de 50 ans, ce type de check-up est offert tous les 3 ans. Quant aux plus de 65 ans, ils peuvent en bénéficier gratuitement tous les ans. Par ailleurs, les soins dentaires de base sont pris en charge intégralement pour les enfants de moins de cinq ans, de même que les examens prénataux pour les femmes enceintes. Les personnes souffrant de cancer ou d'hémophilies, les patients en dialyse et ceux atteints de troubles mentaux sont eux soignés gratuitement.

Chaque citoyen taïwanais contribue à financer la caisse de la sécurité sociale (le montant déboursé par chaque citoyen étant calculé en fonction de ses revenus, les seniors et les vétérans militaires et de la police étant pris en charge totalement gratuitement), ce à quoi s’ajoutent des fonds alloués par le gouvernement. Une fois couvert par ce système (dont il est impossible de se retirer une fois qu'on l'a intégré), le citoyen taïwanais n'a en théorie plus à craindre de ne plus avoir accès aux soins de santé s'il vient à perdre son emploi ou de ne plus arriver à payer ses factures médicales. Pour les traitements les plus onéreux, le patient ne payera que 10% du montant réel des soins reçus, le reste étant pris en charge par le NHI. De même, le citoyen est libre de se faire hospitaliser dans l'hôpital de son choix et de sélectionner le ou les médecins qu'il jugera convenir le mieux pour lui.


Chaque adhérent à la NHI reçoit une carte munie d'une puce électronique d'identification personnelle de la taille d'une carte de crédit. La mémoire d'un kilo-octet de la carte contient le profil du patient et ses précédentes ordonnances et soins reçus. Le médecin traitant n'a qu'à insérer la carte dans un lecteur pour que les antécédents médicaux du patient et ses ordonnances s’affichent sur l'écran d'ordinateur. Le paiement de la facture est immédiatement effectué et enregistré avant d'être vérifié. Ce mode de fonctionnement informatisé permet notamment d'éviter la fraude à l'assurance et les abus. Environ un quart du budget de la NHI, va aux remboursements de médicaments. Le BNHI est parvenu à contrôler ce poste budgétaire en réalisant des études de marché qui lui ont permis d'établir des prix de référence. Afin d'inciter les institutions médicales à négocier avec les laboratoires pharmaceutiques ou les grossistes, le BNHI ne leur reverse que l'équivalent du prix de référence de chaque médicament. Les marges ainsi réalisées sont reversées dans d'autres postes de dépenses.

Ceux qui n'ont pas été inscrits auprès de la NHI par leur employeur, ainsi que les sans-emploi qui n'ont pas fait les démarches nécessaires pour obtenir une carte d'assuré peuvent néanmoins se faire soigner, mais ils risquent ensuite de se voir infliger une amende. En outre, on peut leur réclamer rétroactivement jusqu'à cinq années de cotisations. Les dossiers de ces personnes sont cependant traités au cas par cas, afin de ne pas pénaliser les foyers en difficulté : ces derniers sont exemptés de tout paiement et pris en charge par un travailleur social. Les assurés issus de foyers à faibles revenus sont exemptés de cotisations. Le BNHI finance aussi des missions médicales sur les îlots au large et dans les régions reculées en montagne, où des bus équipés de matériel médical sont dépêchés afin de combler les éventuelles carences des dispensaires locaux. Les responsables du NHI expliquent que ces cliniques mobiles répondent aux besoins des personnes qui se plaignaient d'être contraintes d'acquitter leurs cotisations sans pouvoir bénéficier, du fait de leur isolement, des soins auxquels elles ont droit.

Le système d'assurance santé (NHI) qui fera  très vite l'unanimité (pour son équité envers les citoyens et la protection qu'il procure) doit néanmoins faire face à des difficultés, notamment parce que le ce système est de plus en plus coûteux à entretenir de part le vieillissement de la population et les technologies médicales et nécessite une plus large intervention financière des patients et des citoyens (via une augmentation des cotisations) tandis que le gouvernement ne rentrerait plus assez de moyens dans ce système, empruntant pour se faire de l'argent aux banques.

Les hôpitaux taïwanais des grandes villes sont modernes et bien équipés mais la promiscuité y règne, les patients y étant sont généralement à plusieurs par chambres et séparés les uns des autres par un simple rideau. La peur des maladies nosocomiales est telle que patients, personnel médical et visiteurs portent souvent des masques pour éviter les transmissions de microbes et bactéries, donnant aux lieux une impression oppressante. Chose surprenante pour un occidental, le patient n'est pris en charge que pour les soins médicaux, la nourriture ou le changement des draps étant du ressort de la famille du patient ou de ses amis !

Enfin, si Taiwan possède de nombreux médecins de très haut niveau et bien formés, bon nombre de critiques leur reprochent leur manque d'empathie et de sens du contact humain pourtant essentiels dans ce métier. La profession a de ce fait été amenée à se remettre en question : «Tout d'abord, il faut sélectionner parmi les étudiants ceux qui ont vraiment le profil», déclara Andrew Huang, un médecin taiwanais qui ne mâchait pas ses mots quand il déclara que la moitié des médecins taiwanais n'ont pas la vocation. «On prend des personnes qui ne sont pas faites pour ce métier, c'est là la base du problème.»

Deux problèmes étaient pointés de doigt (et le sont encore) dans la sélection des futurs médecins :

  • Le premier est que plus de la moitié des médecins se sont lancés dans ces études sur ordre de leurs parents ; les futurs médecins n'ont donc pas une très grande opinion de leur mission et, lorsqu'ils commenceront leur carrière, leur premier souci ne se portera peut-être pas sur leurs patients.
  • Le second vient tant du public que des autorités éducatives qui croient que les examens sont le meilleur moyen de sélectionner les bons éléments.

Beaucoup de ceux qui ont réussi leur médecine sont ainsi arrogants, n'ont pas le sens de la communication et ne cherchent qu'à faire de l'argent.

De ce fait il n'est pas rare de trouver des récits parfois édifiants de patients reçus de façon assez désagréable ou brusque par leur médecin. L'éthique et l'expérience sur le terrain sont les deux clés de voûte de la réforme que prônent Huang Kun Yen, Andrew Huang et Lai Chi-wan, secrétaire du Conseil de l'enseignement médical.

A cela s'ajoute une pénurie de médecins par rapport au nombre de patients, les consultations étant parfois rapidement expédiées par manque de temps. Les hôpitaux sont également souvent saturés

Plus récemment le département de la santé à annoncé que le HIV ou SIDA devenait un problème de plus en plus grave à Taiwan. Le premier cas a été détecté officiellement en 1984 et depuis le nombre de personnes infectées n'a cessé d'augmenter malgré plusieurs programmes de sensibilisation.

Enfin, pour conclure, il convient de noter le développement récent du tourisme médical à Taiwan. Quelques agences de voyages et tours opérateurs proposent déjà à destination des touristes chinois et étrangers des programmes incluant des séjours dans des hôpitaux privés. Un marché financièrement juteux que les autorités taiwanaises – qui poussent à fond ce secteur – entendent bien voir devenir générateur de précisieuses devises. L'économie de Taiwan est actuellement basée à 70% sur l'industrie des services.

Remerciements à la communauté Taiwan Mag pour ses précisions sur le système médical à Taiwan.

[quote type= »large » align= »left »] NOTE: les opinions et idées de nos rédacteurs ne représentent pas forcément la pensée ni les idées de Taiwan Mag. [/quote]

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  1. Merci pr cet article. je comprends mieux ce que j’ai pu voir grace a vous. Merci encore

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