Ma Ying-Jeou réelu à la Présidence et bénéficie de la majorité à l'Assemblée

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Le président sortant Ma Ying-Jeou (KMT) a été réélu samedi 14 janvier 2011 par 51% (6,891,139) des votants. Tsai Ing-Wen, la candidate des indépendantistes (DPP) a receuilli 45% (6,093,578) et James Soong, du People First Party (PFP), un peu plus de 2% (369,588). La participation a été faible avec seulement 74% de votants.

Le président Ma Ying-Jeou va donc avoir 4 années de plus pour poursuivre ses projets, notamment la poursuite du rapprochement économique avec Pékin et peut-être même la signature d'un traité de paix. Il bénéficie également de la majorité à l'Assemblée (Legislative Yuan) avec 64 députés sur 113. L'alliance autour du KMT regroupe désormais 70 députés. Les indépendantistes ont eux progressé avec 40 élus et l'alliance avec le Taiwan Solidarity Union, le parti crée par l'ancien président Lee Teng-Hui, leur assure au total 43 sièges.

La crise économique que connaît l'Europe et les Etats-Unis a bouleversé les projections du gouvernement Ma posées en 2008. Malgré cette conjoncture négative, le bilan du président sortant et de son gouvernement est plutôt positif. Le taux de chômage reste sous la barre des 5% en 2011 et le taux de croissance du PIB est tout de même à 4.51% (10.5% en 2010).

Tsai Ing-Wen, qui portait les couleurs des indépendantistes (DPP), a perdu avec classe et dignité. Samedi soir, après l'annonce des résultats, la candidate a déclaré qu'elle acceptait sa défaite et qu'elle en prenait toute la responsabilité. Elle a indiqué qu'elle démissionnait de la présidence du parti, sous les pleurs de ses supporters qui lui criaient de ne pas démissionner. Car pour beaucoup, Tsai Ing-Wen a permis au DPP de remonter la pente après les élections catastrophiques de 2008.

En effet, à la présidentielle de 2008, le candidat du KMT avait gagné avec plus de 2 millions de voix d'avance (7,658,724 contre 5,445,239) Et quelle hécatombe aux législatives, le DPP s'était retrouvé avec seulement 27 sièges de députés alors qu'il en avait 89 dans l'assemblée précédente ! La machine médiatique du Kuomingtang qui visait l'ancien président Chen Shui-Bian, qui purge actuellement une peine de prison de 17 années pour corruption, avait fait effet sur les électeurs. Des taiwanais qui votent traditionnellement pour le DPP avaient voté pour le KMT, par désespoir et colère.

Mais durant ces quatre dernières années, Tsai Ing-Wen s'était efforcée de redorer l'image du DPP. Elle en a fait un parti sans casseroles, sans affaires de corruption ni de fraudes. Elle a aussi assoupli certaines idées du parti, principalement une approche plus souple dans les relations avec la Chine. Bien qu'elle soit en désaccord avec l'ECFA, elle ne l'aurait pas remis en cause si elle avait été élu. Tsai Ing-Wen soutient les relations économiques avec Pékin, tout en soulignant que les règles de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) suffisent à établir des échanges commerciaux entre deux états et qu'il est donc inutile de créer des accords particuliers comme l'ECFA.

Elle a peut-être perdu son élection en partie à cause de ce projet mal compris d'un « Taiwan Consensus », opposé au Concensus 1992 du KMT. Ce Consensus de 1992 désigne un accord affirmant que la Chine et Taïwan appartiennent à une seule Chine, bien qu'il puisse y avoir interprétation quant à la signification de ce terme. Le DPP, opposé à cet accord, avait donc proposé un « Taiwan Consensus » comme base dans les relations sino-taiwanaises, mais la candidate a eu du mal à expliquer clairement en quoi consistait cet accord.

Su Tseng-Chang, Tsai Ing-Wen et Su Jia-Chuan

La participation à ces élections a été faible. Seulement 74% des votants se sont déplacés. C'est la première élection présidentielle pour laquelle le taux est si bas. En 1996, le taux de participation à la première élection au suffrage direct était de 76%. En 2000, ce taux a grimpé à 82% et 80% en 2004, mais il tombe à 76% en 2008.

Pour ces élections, certains accusent le gouvernement sortant d'avoir modifié les dates afin de ne pas permettre à une majorité de jeunes étudiants taiwanais de voter. Ces jeunes électeurs, qui auraient exercés leur droit de vote pour la première fois, sont en pleine période d'examens et beaucoup étudient dans des universités éloignés de leur bureau de vote. Les détracteurs affirment qu'une majorité des ces étudiants auraient voté pour la candidate indépendantiste, car ils seraient plus sensible aux idées du DPP, notamment par rapport à la question identitaire (我是台灣人 – je suis taiwanais) opposée à l'identité d'une Zhōnghuá Mínguó (中華民國) incluant la Chine de Pékin. Ces jeunes taiwanais représentent 900 000 à plus d'un million de votants. Mais cela reste une théorie que ses instigateurs devraient prouver avec chiffres à l'appui.

Par ailleurs, la ville de Tainan n'a élu que des députés du parti indépendantiste. Le fils de l'ancien président Chen Shui-Bian s'est présenté à Kaohsiung face au candidat officiel du DPP. Résultat, le candidat KMT a gagné alors que ce district est traditionnellement indépendantiste ! Les électeurs de Hualien et Taitung ont massivement voté pour les candidats du KMT. Et enfin, Taipei a pour la première fois un député DPP au milieu de 7 députés du Kuomingtang.

La victoire de Ma Ying-Jeou ne doit pas faire oublier ces 6 millions de taiwanais qui ont voté pour la candidate indépendantiste. La question « identitaire » est plus que jamais d'actualité. Un rapprochement économique avec Pékin peut-être, mais politique certainement pas. Enfin, avec le bon déroulement de ces élections présidentielles et législatives, la République de Chine à Taiwan est un vrai modèle de démocratie en Asie et nous prouve que ce pays mérite bien plus de soutien de la part des nations dans lesquelles le peuple exerce sa souveraineté.

Légende de la photo du haut: Ma Ying-Jeou avec son épouse Chow Mei-Ching, samedi soir sous la pluie après l'annonce des résultats
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