Former les futures élites des forces armées a toujours été une préoccupation centrale des différentes civilisations et nations. Cette problématique n'échappa pas non  plus au docteur Sun Yat-Sen qui, au début des années 1920, tentait d'établir son autorité dans la province du Guangdong où ses troupes étaient systématiquement confrontées aux différentes armées des seigneurs de guerre qui se partageaient la Chine et qui se révélaient des adversaires redoutables et aguerris. Contraint à une tactique strictement défensive du fait des carences de ses forces, Sun Yat-Sen décida d'améliorer la formation de ses combattants. Dans un premier temps il appela à l'aide les grandes puissances occidentales afin qu'elles lui fournissent des armes et de l'instruction pour ses combattants mais sans succès, personne ne semblant désireux de collaborer avec lui.

L'aide viendra d'une puissance alors émergente : la jeune Russie communiste qui avait éliminé le régime du Tsar en 1917. En 1921  Henk Sneevliet, émissaire communiste de nationalité hollandaise, rencontra Sun Yat-Sen dans le Guangxi et lui proposa la création d'une académie militaire destinée à former ses troupes. C'est en 1924, au cours du premier congrès du Kuomintang qui s'était allié au parti communiste soviétique et au parti communiste chinois (qui ne s'étaient pas encore brouillé à l'époque) qu'est officialisé la création de l'académie, le financement étant apporté par les Soviétiques. L'académie était établie sur l'île de Changzhou, en face des docks du port de Whampoa.

Académie militaire de Whampoa

A ses débuts l'académie ne dispensait qu'une formation générale à ses soldats, se limitant à l'enseignement des bases du combat d'infanterie (la marche, le tir, la discipline, des notions de camouflage, etc.) avant de s'étoffer par la suite. Des cours étaient ainsi destinés aux futurs officiers, servants de pièces d'artillerie, ingénieurs, ou des moyens de communication radio. Néanmoins l'académie continuait de souffrir d'un manque chronique d'instructeurs qualifiés, ce qui poussa une nouvelle fois Sun Yat-Sen à aller chercher du renfort à l'étranger. Ce seront des officiers instructeurs soviétiques qui délivreront les savoirs les plus complexes aux élèves de l'académie, se bâtissant au passage une excellente réputation. Il est vrai que la majorité d'entre-eux avaient combattu lors de la guerre civile russe de 1917 et y avait emmagasiné une sérieuse expérience au feu.

Assez paradoxalement l'académie voulue par Sun Yat-Sen et dirigée par Chiang Kai-Shek formera bon nombre de futurs chefs militaires qui se rallieront à Mao Tse-Toung après la Seconde Guerre mondiale et qui contribueront à les chasser de Chine.

L'académie déménagera plusieurs fois au gré de l'évolution de la situation politique et militaire du clan Sun Yat-Sen/Chiang Kai-Shek. Nanjing dans un premier temps, puis Chengdu après l'invasion de la Chine par l'Empire du Japon. Après le divorce de Chiang Kai-Shek avec Mao Tse-Toung et la guerre opposant les troupes nationalistes du premier aux forces communistes du second, les Nationalistes se replièrent à Taiwan en 1950. L'académie déménagea également et fut installée à Fengshang, situé dans le compté de Kaohsiung.

Elle s'y trouve encore aujourd'hui.

Malgré la perte du territoire chinois, l'académie militaire de Taiwan a conservé bon nombres d'anciennes traditions (dont la devise Sacrifice, unité et devoir) datant de cette période tandis que le cycle de formation des étudiants est calqué sur celui des académies militaires des Etats-Unis. Le postulant à l'académie militaire de Taiwan doivent posséder un dossier scolaire exemplaire aussi bien sur le plan de la discipline que des notes obtenues lors des examens. S'il est accepté ce sont quatre années de cours qui l'attendent pour déboucher sur le diplôme d'officier. Les élèves reçoivent une formation générale comprennant des cours d'anglais et d'éducation physique et, bien évidemment, tout ce qui se rapporte au métier des armes. En dernière partie de cursus les étudiants auront la possibilité de se spécialiser dans divers domaines via les cours des départements qui y sont dédiés.

Le futur officier pourra choisir entre les sciences du management, l'ingénierie civile, l'ingénierie électrique, la chimie, la physique,  l'information, la mécanique, les sciences politiques et les langues étrangères. Ce dernier département prodigue des cours d'anglais d'un niveau poussé (l'anglais plus général étant obligatoire pour tous les étudiants) et peut également enseigner l'espagnol. L'enseignement de l'espagnol peut s'expliquer par le fait que Taiwan entretient des relations diplomatiques avec bon nombre de pays d'Amérique du Sud et que les échanges militaires sont fréquents. Si nécessaire des d'autres langues peuvent être enseignées en fonction des besoins.

Tout au long des années de formation, l'exemplarité des étudiants est indispensable et l'académie ne transige pas sur ce point. Le général Chuan Tzu-jui qui est à la tête de l'académie insiste fortement sur le code de l’honneur, que l’école fait d’ailleurs très strictement respecter. « Nous passons constamment en revue les résultats de nos élèves pour vérifier s’ils font preuve d’un bon état d’esprit et de personnalité. » Il souligne notamment la nécessité de l’exemplarité, ce qui fait que plus de 30% des nouvelles recrues abandonnent chaque année. « Ceux qui réussissent deviendront le cœur de notre force armée », rappelle-t-il.

Comme toute académie militaire, celle de Taiwan dispose de programmes d'échanges internationaux avec ses homologues étrangères même si la situation politique taiwanaise fait que ces échanges sont limités à quelques pays. Au premier rang on trouve tout naturellement les Etats-Unis dont les académies accueillent régulièrement des étudiants officiers taiwanais, le « graal » pour les Taiwanais étant une admission à West-Point, l'école militaire la plus prestigieuse des Etats-Unis avec l'Académie navale d'Annapolis. « L’opportunité d’étudier dans de tels établissements représente un immense honneur et la reconnaissance d’un certain niveau académique et militaire », souligne le général Chuan Tzu-jui,  qui note également que c’est également un moyen pour l’école de se tenir au courant des derniers développements des sciences militaires chez ses homologues d’outre-mer.  En revanche l'académie militaire taiwanaise ne semble pas avoir compté d'étudiants américains dans ses murs.

Des stagiaires taiwanais sont également envoyés aux Philippines,  Guatemala, El Salvador, Paraguay ou au Honduras. L'académie à Taiwan accueille elle-aussi des militaires étrangers provenant des pays avec lesquels Taiwan entretient des relations diplomatiques. « De tels programmes d’échange contribuent à cimenter les relations avec nos alliés diplomatiques », poursuit le général Chuan Tzu-jui.

Comme la plupart des autres académies militaires dans le monde, celle de Taiwan s'est féminisée et ce depuis 1994, date à laquelle les premières jeunes-filles ont pu pousser les portes de l'établissement. Bon an mal an, elles représentent entre 8 et 12% des étudiants. « La présence des femmes est requise dans l’armée. Elle contribuent à la création d’interactions plus dynamiques », note le général.

Avec la professionnalisation de l'armée qui est prévue prochainement, les places à l'académie se feront plus rares étant donné la baisse d'effectifs qu'entraînera la fin de la conscription. Le général Chuan Tzu-jui de préciser :  « Le premier conseil que je formulerai aux nouveaux élèves est de prendre conscience qu’ils ne viennent pas seulement chercher un emploi, mais qu’ils acceptent la charge d’un devoir qu’ils devront assumer tout au long de leur vie. Les cadets de la ROCMA doivent se préparer à leur ultime responsabilité. Cela n’a jamais changé et cette certitude nous porte face à l’avenir. »

Pour aller plus loin, visitez le site de l'académie militaire 中華民國陸軍軍官學校: http://www.cma.edu.tw

Remerciements: Magazine Taiwan Aujourd'hui

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