La raison cachée du refus américain de vendre des F-16 neufs à Taiwan

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F-16 de la ROCAF

S'il est un dossier qui a fait couler beaucoup d'encre (et de salive) c'est bien celui de la vente annulée des F-16 C/D à Taiwan en remplacement des versions A/B de l'appareil américain opérant à Taiwan.

Si Taiwan n'a pas caché son mécontentenment suite au refus de cette vente (ce qui n'a rien d'étonnant), certains aux Etats-Unis même n'ont pas mâché leurs mots pour condamner le repli de l'administration Obama sur ce dossier. John Cornyn, sénateur républicain s’était ainsi dit scandalisé par la manière dont Barack Obama traitait les alliés des Etats-Unis et dont le pays avait plié le genou devant la Chine.

La peur de la Chine pour expliquer la frilosité américaine à vendre des avions modernes ? Une visions  partielle des choses et assez inadaptée à la comlexité des contrats d'armement. Petit tour d'horizon de la situation avec Taiwan Mag.

Il faut déjà savoir que les Etats-Unis n'hésitent pas à vendre du matériel militaire à des pays qui, s'ils sont reconnus sur la scène internationale (a contrario de Taiwan), n'en sont pas moins dans une situation encore plus tendue avec Pékin. C'est le cas de la Corée du Sud (F-15K, F-16 C/D) et  surtout du Japon (F-15J) qui bénéficient en plus de licences de fabrication pour certains de ces avions. Sans compter la vente d'avions ravitailleurs, de détection radar, de missiles, etc. Même si la Chine considère Taiwan comme une province rebelle (à la différence du Japon et de la Corée du Sud) et donc comme une partie intégrante de son territoire, la seule explication de la peur de la colère chinoise comme motivant la frilosité américaine apparaît insuffisante.

Ce serait faire abstraction de certains problèmes propres à Taiwan et qui jouent tout autant que les pressions chinoises sur Washington.

Même si cela ne fait pas toujours l'objet d'une très grande médiatisation à Taiwan (et encore moins dans le reste du monde), chaque année apporte son lot d'arrestations de haut-gradés taiwanais pour cause d'espionnage au profit de la Chine. En février 2011 par exemple, Lo Hsieh-che, général dirigeant le département de l’information et des communications électroniques, est arrêté après qu'il ait transmis des informations sur le système de communications et de contrôle Bo Sheng, lequel permet de coordonner des actions avec le commandement militaire américain pour le Pacifique (US PACOM).

Retourné, corrompu, sincèrement pro-chinois, les raisons qui poussent certains militaires de haut-rang taiwanais à fournir des renseignements à la Chine sont multiples et variées et la pénétration des hautes-sphères militaires taiwanaises par les services secrets chinois est une réalité qui ne peut être ignorée par Taiwan… et par les Etats-Unis. Dès lors, le risque que les Chinois puissent mettre la main sur des informations concernant le matériel américain vendu à Taiwan est bien présent et ne peut être négligé, surtout à l'heure où la Chine met les bouchées doubles pour rattraper son retard dans les technologies militaires.

Si les Chinois se sont d'abord « fait la main » en disséquant le matériel que leur a vendu la Russie (avions de chasse Sukhoi Su-27/30MKK en particulier) et en multipliant les partenariats avec les industriels européens, l'île de Taiwan, déjà riche en matériels américains, est également une source d'informations très tentante, ce d'autant que la Chine peut compter sur bon nombres de sympathisants au sein même de l'armée taiwanaise pour la renseigner sur le matériel mis en oeuvre par l'armée nationale.

A cette situation difficile se mêle la diplomatie. Il est pour ainsi dire impossible aux Etats-Unis de préciser la vraie nature de leur refus qui infligerait un véritable camouflet à son allié asiatique, se réfugiant alors derrière l'habituelle explication voulant que la vente ne se fait pas « afin d'éviter de déstabiliser davantage la région et les relations entre les deux rives ».

Dans ce jeu, la seule gagnante est la Chine. Que les Etats-Unis refusent de vendre des avions de combat modernes à Taiwan et les voilà qui passent pour des alliés faibles, peu fiables et facilement intimidables. Que les avions parviennent à Taiwan n'a, de son côté, rien de très contrariant d'un point de vue pratique pour la Chine. La probabilité d'une guerre ouverte entre Taiwan et la Chine étant de toute façon quasi-nulle, les pilotes de chasse chinois ont peu de chances d'être un jour confrontés aux avions américains sous cocardes taiwanaises. De plus, une fois à Taiwan, les avions pourront relativement facilement être approchés par des militaires aux sentiments pro-chinois et un retour d'informations pourra alors s'opérer en faveur de la République populaire de Chine.

Il ne faut néanmoins pas oublier de saluer les efforts entrepris par les services de renseignements taiwanais dans sa traque aux informateurs chinois, mais force est de reconnaître que les institutions militaires taiwanaises sont assez largement infiltrées et que le risque de fuites est fort élevé, comme l'atteste l'affaire du général Lo Hsieh-che.

Enfin, Taiwan reste un gros client des Etats-Unis en ce qui concerne l'achat d'armements (le quatrième, derrière Israel, l'Arabie saoudite et la Corée du Sud) et les Etats-Unis n'hésitent pas en certaines occasions à aider Taipei à bâtir sa défense. L'avion de chasse taiwanais F-CK-1 Ching-Kuo a ainsi très largement bénéficié de l'aide d'entreprises américaines  comme Lockeed-Martin, Martin Baker ou Northrop Grumman.

Plus que n'importe quel autre domaine, celui des ventes d'armes reste l'un des plus complexe ou de très nombreuses données doivent être prises en compte et où la vraie logique des évènements est parfois bien cachée.

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