Le football féminin à Taiwan : entre passion du ballon rond et diplomatie

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La dernière Coupe du Monde féminine qui s'est tenue en Allemagne en 2011 a vu presse et télévision se jetter sur l'évènement avec un intérêt tout opportuniste, entre besoin de redorer l'image de la F.F.F. avec des « filles qui gagnent » (par opposition à la débandade de l'équipe masculine il y avait tout juste un an) et un certain paternalisme. Mais le football féminin est, comme son alter-ego masculin, facilement instrumentable pour des besoins politiques. Une chose que le gouvernement  taiwanais, dès le début des années 1980, avait bien saisie et qui le décida à profiter de l'activisme de réelles passionnées pour se lancer dans une bataille diplomatique contre la Chine communiste.

online essayA l'origine, une dame de fer taiwanaise, Veronica Chiu, présidente de l'Asian Ladies Football Confederation. Il faut savoir que si à l'époque la plupart des compétitions fémines sont reconnues par la FIFA (Fédération Internationale de Football Association), l'organisation qui chapeaute le football mondial montre peu d'attention pour les pratiquantes féminines, ce qui décida Veronica Chiu à proposer la création d'une organisation autonome, la Women's International Football Organisation. Une manière d'affirmer l'indépendance du football féminin et, surtout, de ne plus devoir composer avec le manque d'intérêt flagrant de la FIFA pour les « filles passionnées de ballon rond ». La Taiwanaise envoie alors une lettre aux différentes fédérations féminines du monde entier, ce qui ne manquera pas de lui attirer l'inimité de la FIFA qui craignait de perdre de son influence sur un marché (le football féminin et Asiatique en général) qui s'annonçait juteux .

Logo de la CTFA

De son côté la Chine communiste est toujours engagée dans une stratégie d'isolement de Taiwan et le domaine sportif n'est pas oublié, la Republic of China Football Association devenant la Chinese Taipei Football Association (CTFA) l'idéal pour Pékin étant à terme l'expulsion pure et simple de Taiwan des manifestations sportives internationales. Néanmoins le Taiwan des années 1980 était encore aux mains d'un gouvernement militaire qui n'entendait pas capituler sans combattre. Si Taiwan était incapable de rivaliser avec les meilleures équipes mondiales en football masculin et n'y représentait pas grand chose, tout restait à faire dans les compétitions féminines d'où l'intérêt des militaires pour cette discipline.

Entre 1980 et 1981 Taiwan enverra ainsi de nombreuses demandes à des fédérations européennes et nord-américaines pour l'organisation d'un tournoi sur son sol national, l'hébergement étant entièrement pris en charge et le gouvernement taiwanais intervenant à raison de 50% dans le prix des billets d'avion. La date du tournoi n'est pas anodine non plus : au mois d'octobre, ce qui permettra de l'intégrer aux célébrations du 70ème anniversaire de la fondation de la République de Chine par Sun Yat-Sen. La FIFA agrège le règlement du tournoi déposé par les organisateurs taiwanais, autorisant sa tenue. La compétition est un succès : pas moins de quatorze équipes se présentent en 1982, venant des quatres coins du monde. Etats-Unis, Canada, France, Allemagne de l'Ouest, Norvège ou la Suisse se rendent à Taiwan ainsi que d'autres pays asiatiques comme Hong-Kong (alors encore colonie anglaise), la Thailande ou l'Inde.

Le gouvernement de la République populaire de Chine  riposte l'année suivante, en 1983 avec l'organisation d'une compétition similaire à Guanghzou à laquelle de nombreuses équipes européennes participeront. Taiwan répond avec un autre tournoi du même type en 1984, la Chine répliquant encore la même année avec une autre compétition internationale. En ligne de mire de cette bataille : l'organisation d'un important tournoi-test en vue de préparer la première Coupe du Monde féminine. Néanmoins les deux pays partent avec un handicap qui leur est signifié en 1987 par Sepp Blatter, le secrétaire général de la FIFA : le refus des deux nations d'accueillir une équipe de l'autre rive sur son sol. Il était en effet à l'époque interdit à des Chinois de se rendre à Taiwan et vice-verça. Si la FIFA accepte de financer un nouveau tournoi international à Taiwan ou en Chine il ne pourra s'agir du tournoi-test que convoitent les militaires taiwanais et les communistes chinois.

Toutefois en 1988 la loi martiale est abrogée à Taiwan et les voyages entre les deux nations deviennent possibles sous certaines conditions. C'est finalement la Chine est sélectionnée par la FIFA, la compétition ayant lieu dans quatre villes chinoises (Guangdong, Jiangmen, Fushan et Pun-Yu) entre le 1er et le 12 juin 1988. Ce tournoi féminin sera un succès impressionnant : les meilleures équipes du monde sont présentes (Norvège, Suède, Tchécoslovaquie, Allemagne de l'Ouest, Etats-Unis, Pays-Bas,…), de nouvelles équipes font leur apparition (la Côte d'Ivoire et le Brésil), le niveau de jeu est remarquable et les buts pleuvent (plus de trois buts par matches en moyenne), sans oublier un excellent fair-play, alors déjà en voie de disparition chez les footballeurs masculins. Le public répondra présent et la couverture télévisée se montrera performante, du jamais-vu pour une compétition féminine.  Ce succès décidera la FIFA à persévérer dans le développement du football féminin.

La Chine deviendra rapidement un poids-lourd du football féminin (les joueuses étant surnommées les « Roses d'acier ») alors que Taiwan, au mieux, stagnera, voire régressera rapidement à partir des années 1990. Utilisé comme un instrument diplomatique/politique par un gouvernement militaire alors en bout de course, le football féminin taiwanais cessa tout simplement d'être utile à ceux qui se firent ses plus grand mécènes par pur intérêt. Et tant pis pour les passionnées – comme Véronica Chiu – qui croyaient réellement en une émancipation de la pratique féminine.

Palmarès de l'équipe féminine:

Parcours en Coupe du monde

  • 1991 : Quart de finale
  • 1995 : Non qualifiée
  • 1999 : Non qualifiée
  • 2003 : Non qualifiée
  • 2007 : Non qualifiée
  • 2011 : Non qualifiée

Parcours aux Jeux olympiques d'été

  • 1996 : Non qualifiée
  • 2000 : Non qualifiée
  • 2004 : Non qualifiée
  • 2008 : Non qualifiée
  • 2012 : Non qualifiée

Championnats d'Asie (AFC)

  • 1975 : non inscrit
  • 1977 : Vainqueur
  • 1979 : Vainqueur
  • 1981 : Vainqueur
  • 1983 : non inscrit
  • 1986 : non inscrit
  • 1989 : Finaliste
  • 1991 : 3e
  • 1993 : 4e
  • 1995 : 4e
  • 1997 : 4e
  • 1999 : Finaliste
  • 2001 : Tour préliminaire
  • 2003 : Tour préliminaire
  • 2006 : Tour préliminaire
  • 2008 : Tour préliminaire
  • 2010 : Non qualifiée

Anecdotes

  • Plus large victoire: 7 novembre 1999, 16 – 0 contre la Malaisie
  • Plus large défaite: 2 août 1995, 11 – 0 contre la Norvège

Retrouvez le site de la Fédération de football: http://www.ctfa.com.tw

Source :

  • Wikiepédia
  • Histoire du football féminin en Europe, Xavier BREUIL, Nouveau Monde Editions, 2011
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