Regard francophone sur la centième année de la République de Chine

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S.E.M. Jacques Sawadogo ©Taiwan Aujourd'hui

Alors que le Burkina Faso a fêté le cinquantenaire de son indépendance en décembre 2010, en présence notamment du Premier ministre taiwanais Wu Den-yih [吳敦義] et du ministre de la Défense Kao Hua-chu [高華柱], Jacques Sawadogo s’assure, depuis l’établissement des relations diplomatiques entre les deux Etats en 1994, de la qualité et de la cordialité de ces liens. Ces 17 dernières années ont fait de lui un observateur privilégié de l’évolution de l’île.

« Depuis mon arrivée à Taiwan, je constate un progrès économique et social qui tient de la prouesse, et que je n’aurais jamais cru possible en 1994 », confie-t-il depuis son bureau situé dans la cité des diplomates à Tianmu, un complexe résidentiel où sont rassemblées les ambassades des Etats entretenant des relations diplomatiques avec Taiwan. Il égrène avec une admiration non feinte les étapes marquantes de la métamorphose de l’île : l’élection au suffrage universel direct du président de la République, le respect des libertés publiques et des droits de l’Homme, la mise en place d’un système d’assurance-maladie universelle, la manière dont le niveau et la qualité de vie se sont considérablement améliorés en l’espace d’à peine 15 ans, mais surtout cette incroyable réussite économique avec des marques phares dont les produits s’étalent désormais dans les vitrines des grands magasins européens et américains. « Depuis 1994, j’ai vu ces dynamiques s’intensifier et j’ai eu la chance et le privilège d’observer toutes ces transformations. La dernière réforme des collectivités locales vient encore approfondir, sur le plan qualitatif, ces transformations politiques. Je tire mon chapeau aux Taiwanais », nous dit-il.

Sa première impression de cette île éloignée de Ouagadougou, il la fait remonter très tôt : « Quand j’étais au Burkina Faso, j’avais acheté un petit poste de radio qui m’était très cher. Il portait la marque Shen-li mais j’ignorais d’où il venait. Et quand je suis arrivé ici en 1994, je me suis rendu compte que c’était un produit taiwanais. Aujourd’hui, 17 ans après, il marche encore !, raconte-t-il. Ce qui est impressionnant, c’est que Taiwan a su maintenir sa dynamique de développement, secteur par secteur. »

Cette dynamique, il en a pris la mesure à travers sa vie quotidienne à Taipei. « A l’époque, accéder au centre de Taipei n’était pas facile à cause d’une circulation chaotique mais avec la mise en place des lignes de métro, la circulation est devenue beaucoup plus fluide. Les infrastructures se sont développées de manière surprenante, fulgurante. Cela fait près de 20 ans que je suis là, et dans un périmètre de 200 mètres autour de chez moi, j’ai vu pousser 21 beaux et grands immeubles. Toute la capitale s’est transformée comme ça et c’est très impressionnant », dit-il, estimant qu’à l’époque, de tels développements restaient du domaine de l’imagination.

Mais au-delà de ces performances, l’ambassadeur a été frappé par la gentillesse des Taiwanais, une expérience qui vaut toutes les autres selon lui et qui rend la vie à Taiwan très douce. « Cela m’a ébahi. Quand je suis arrivé, les gens venaient naturellement à moi pour me proposer leur aide. Au Nouvel An chinois, beaucoup d’amis taiwanais me disaient : “Venez à la maison, on va partager le repas”, se souvient-il. Les Taiwanais sont des gens très propres, mais aussi disciplinés, qui respectent l’ordre. Ils sont naturellement sympathiques, ouverts et c’est ce qui fait leur caractère », dit-il encore.

Le fameux choc culturel du nouvel arrivant qui, à l’époque, pouvait se révéler à la mesure du désordre urbain dans lequel se débattaient la plupart des capitales asiatiques, dont Taipei, ne fut pas celui auquel s’attendait l’ambassadeur : « La première semaine de notre présence, mon épouse, qui était allée se promener pour visiter le quartier, s’est perdue. Elle ne parlait pas le chinois. Elle n’eut donc pas d’autre choix que d’arrêter un passant et de lui tendre ma carte de visite, qu’elle avait sur elle. Le Taiwanais a insisté pour la raccompagner jusqu’à la porte de l’Ambassade et a attendu qu’elle soit effectivement entrée dans l’immeuble. Cela m’a marqué et dès ce jour, j’ai compris que les Taiwanais possédaient des qualités humaines exceptionnelles. L’accueil qui est réservé ici aux étrangers est toujours une source d’étonnement », note-t-il.

Les louanges du diplomate s’appliquent également à la coopération que Taiwan a développée avec le Burkina Faso depuis 1994. L’accent, explique-t-il, est mis sur l’assistance technique dans le domaine de la santé publique, de la gestion de l’eau, des infrastructures et bien sûr de l’agriculture avec une forte contribution à la formation de cadres et de techniciens locaux. « Ce qui en fait la richesse, c’est la manière dont Taiwan met son sens de l’innovation au service de l’Afrique », souligne-t-il, citant l’exemple de l’hôpital international de 600 lits doté d’équipements ultramodernes et construit dans son pays grâce à cette coopération ou encore celui des 13 centres de formation professionnelle dont il attend beaucoup de retombées positives pour le Burkina Faso. « Il s’agit d’une coopération que je qualifierai d’exemplaire », précise-t-il.

Interrogé sur les raisons qui font la durée de son séjour dans l’île, l’ambassadeur écarte habilement la question : « Son Excellence Monsieur Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso, m’a fait cet honneur et ce privilège de me demander de le représenter auprès de ce beau pays. C’est une décision qui n’appartient qu’à lui seul. Je ne sens pas le temps passer ici et j’ai toujours l’impression que je suis là depuis deux ans seulement », avoue-t-il volontiers. Un constat qui ne sonne pas de manière étrange aux oreilles de ceux qui sont installés ici de longue date.

Auteur: Propos recueillis par Hubert Kilian.

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