« Le proxénétisme serait-il un jeu d’enfant ? La police taïwanaise a dû se poser la question hier, après l’arrestation de deux adolescents
accusés d’avoir dirigé un réseau de prostitution de mineures au nord de Taïwan. Les deux garçons de 15 ans recrutaient les jeunes filles sur Internet et organisaient des rencontres dans des hôtels dans la ville de New Taïpei City pour 49 euros la nuit.

Les plus jeunes des prostituées étaient âgées de 12 ans. «Les filles voulaient s’offrir des objets de marque et profiter de la vie, a précisé un porte-parole de la police. Certains parents les couvraient quand elles manquaient l’école.» Pour les adolescents qui vivaient avec 3 jeunes filles, selon le Liberty Times, ce business relève plus de la charité que du délit. «Nous n’avons rien volé, nous n’avons rien dévalisé, nous avons juste aidé des filles en difficulté», se sont défendus les accusés, qui encourent une peine de sept ans de prison. »

Source: http://www.liberation.fr/monde/01012338197-a-taiwan-les-ados-jouent-aux-proxenetes

prostitution 297x300 La prostitution des ados, entre mythe et réalité Cet article paru dans Libération me révolte et me fait prendre mon clavier à deux sous.

Sous ses airs de pays où il fait bon vivre, il y a un phénomène à Taiwan, pas vraiment récent, qui existe bel et bien, la prostitution des mineurs. Mon épouse, institutrice spécialisée, travaille dans un foyer d’hébergement pour jeunes filles en difficultés sociales, âgées de 13 à 20 ans. Dans ce foyer, les filles sont protégées, elles retournent à l’école, elles participent à des activités sociales, elles essayent de reprendre une vie normale malheureusement déjà bien meurtrie. Des centres d’accueil de ce genre existent par centaines à travers Taiwan. Certaines sont accueillies dans ce foyer suite à des maltraitances familiales, viol ou abandon, comme mesure de protection. Mais la grande majorité de ces filles viennent de la prostitution et sont en placement judiciaire. Une fausse idée à mettre au clair: ces gamines ne se sont pas prostituées pour l’argent ! La prostitution n’est qu’une conséquence à leur état. Aucune n’est issue de famille socialement et financièrement aisée ou de classe moyenne, et toutes ont connu des moments de grande pauvreté.

Yi-Chu*, 16 ans, me racontait l’autre jour comment son père l’emmenait elle et son petit frère à travers Taiwan, au gré des chantiers de construction auxquels il travaillait. Les enfants n’allaient pas à l’école, la maman les avait quitté dans leur petite enfance et la famille du père, trop pauvre, ne souhaitait pas s’en occuper. Le père louait une chambre dans des hôtels miteux et sales, les gamins étaient abandonnés la journée, le papa ne rentrait que la nuit tombée. Yi-Chu est l’ainée, c’est elle qui était en charge de son petit frère. Elle avait 100NTD par jour, soit environ 2,50 euros, pour se nourrir tous les deux. Souvent le petit-déjeuner se limitait à un gobelet de lait de soja. Le déjeuner était composé de riz gluant de la veille et quelques légumes. La viande ne faisait pas partie des aliments, ou alors quelques conserves d’émincés de porc. Parfois, elle achetait un « bian-dang », une boîte-repas, à 50NTD et ils se partageaient le contenu. Elle m’affirmait qu’elle en laissait toujours plus pour son frère, car lui devait « encore grandir ». Pour le dîner, c’est le père qui ramenait toujours à manger, des « bao-ze », ces pains farcis à la viande et aux légumes, ou alors des « dzong-ze », du riz gluant enrobé dans une feuille de jeune bambou ou d’une fleur. Repas pas vraiment variés.

Un jour, alors qu’elle traînait avec une bande de jeunes, Yi-Chu a rencontré Mei-Ling, une fille de 17 ans, vivant avec son « boy-friend » de 18 ans et qui se prostituait depuis l’âge de 15 ans, l’année où sa mère l’abandonnait à sa grand-mère, malade et pauvre. Elles se sont très vite liées d’amitiés et se voyaient quasiment tous les jours. Mei-Ling était toujours bien habillée, avait un « IPhone » et un scooter type Vespa. Mei-Ling expliquait à Yi-Chu son travail, lui disait combien d’argent elle gagnait par client. Elle disait que ce n’était qu’un travail après tout, et qu’au début c’était difficile, mais après plusieurs clients, le dégoût passait. Et que surtout, l’argent gagné allait lui permettre de mieux vivre, elle et son frère. Ne sachant trop comment, Yi-Chu s’était retrouvé une après-midi dans la chambre d’un motel attendant son premier client. C’était en mars 2010.

Et c’est un jour que les enfants traînaient devant un « Seven-Eleven », ces épiceries ouvertes 24h/24H et 7j/7J, qu’ils ont été repéré par un agent de police. Ils ont été emmené au poste, et tout de suite dans un centre d’accueil temporaire. Le père a par la suite été démis de son droit parental. Cela va bientôt faire 1 an que Yi-Chu et son frère sont placés, ils ne vivent pas dans le même centre, et ne rencontrent leur père qu’une fois par an, lorsque celui-ci a de quoi se payer le bus pour aller les voir. Yi-Chu est aujourd’hui scolarisée dans un collège, elle a de bonnes notes. Elle dit vouloir bien travailler à l’école, pour pouvoir ensuite trouver un emploi et s’occuper de son petit frère qu’elle n’a pas vu depuis leur placement.

Des histoires comme celles-ci j’en ai entendu quelques’unes depuis que j’interviens bénévolement dans ce foyer. Ces filles ont un passé très lourd à porter, mais elles le portent avec dignité. Elles aspirent à une vie meilleure, au « prince charmant », elles ont des rêves. Ces enfants existent par milliers à Taiwan, de grâce ne les limitons pas à des gamines qui « voulaient s’offrir des objets de marque et profiter de la vie ». Leurs vies sont beaucoup plus complexes.

* les prénoms ont été modifiés

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