Le Project National Glory ou le projet de reconquête de la Chine de Chiang Kai-Shek

0
Cihu devait être le centre de commande du projet.

Le Project National Glory (ou Project Guogang 國光計劃) était un projet militaire secret taiwanais visant à la reconquête de la Chine par le République de Chine (Taïwan). Mis au point en 1961, ce projet ambitieux sera finalement abandonné en 1972 sans jamais avoir été mené à bien malgré diverses tentatives.

Les prémices

Cihu 慈湖 devait être le centre de commande du projet.

Ce projet, à-priori complètement fou, a été voulu par le président Chiang Kai-shek qui n’avait pas abandonné son rêve de  réussir la réunification pour former une Chine unie (dont il aurait très probablement pris les rênes) après avoir du évacuer le territoire chinois en 1949. Ce projet germe dans l’esprit du général Chiang à une époque où la République populaire de Chine semble de plus en plus menaçante : les troupes chinoises interviennent dans la guerre du Vietnam et le Project 596 (développement de l’arme nucléaire) chinois est arrivé à terme. Néanmoins, dans le même temps, la Chine est affaiblie par le désastreux Grand Bond en avant qui a fait fortement régresser le pays. Toutes les conditions semblent réunies pour un coup de force.

Le 1er avril 1961 le Project National Glory est officiellement mis en chantier par les forces armées de la République de Chine.  Sa direction est confiée au lieutenant-général  Zhu Yuancong tandis que dans le même temps d’autres responsables militaires travaillent à un Project Juguan, une opération militaire taiwanaise avec la possible participation de troupes américaines pour réaliser l’offensive voulue par le président Chiang. Néanmoins une cellule du contre-espionnage est chargée de faire en sorte que les États-Unis n’aient pas vent du projet en cours. La Chine s’enlisant de plus en plus dans son Grand Bond en Avant, Chiang Kai-shek commence à renforcer l’endoctrinement de ses troupes en vue d’une possible offensive .

Un rêve impossible…

En 1964 Chiang Kai-shek ordonne la construction d’abris anti-aérien et de cinq bureaux militaires à Cihu qui seront destinés à servir de centres de commandement secrets lors de l’offensive. Une offensive dont les formes semblent toutefois difficiles à déterminer puisque sont évoqués une attaque militaire frontale classique, une guérilla sur les arrières des troupes chinoises, une attaque surprise sur les positions clés de la République populaire de Chine ou encore le soutien à des « partisans » chinois qui mèneraient eux-mêmes le plus gros des combats, les troupes taiwanaises n’intervenant que ponctuellement. Les plans du Project National Glory sont remaniés et représentés à Chiang Kai-shek pas moins de 97 fois.

Finalement informés de l’existence de ce projet, les États-Unis s’y montrent fermement opposés, allant jusqu’à surveiller les emplacements des véhicules de débarquement de l’armée taiwanaise. Les conseillers militaires américains présents dans l’île vont « s’inviter » plusieurs fois dans les bâtiments où les plans de l’offensive sont à l’étude, causant la colère de Chiang Kai-shek.

Néanmoins le président de la République de Chine n’en démord pas. Le 17 juin 1965 il se rend à l’académie militaire de l’armée de terre pour une réunion au sommet avec les hauts gradés (dont chacun avait déjà rédigé ses dernières volontés et son testament en cas de décès lors des combats à venir) pour un briefing. A ce moment là, la date et l’heure du jour J semblaient déjà avoir été fixées.

Le 24 juin 1965 une douzaine de soldats taiwanais trouvent la mort dans le chavirement 5 engins amphibies de débarquement au cours d’un exercice visant à simuler l’attaque d’une base navale par l’armée chinoise, près de Zuoying. En effet, les militaires taiwanais avaient intégré dans leurs plans la possibilité d’une riposte militaire de la République populaire de Chine ne manquerait pas de contre-attaquer. Le 6 août 1965 c’est un navire taiwanais – le Zhangjiang – qui est pris en embuscade par un torpilleur chinois . Le Zhangjiang, qui était chargé d’aller déposer des membres des forces spéciales pour une mission de collecte de renseignements, coule en entraînant avec lui 200 hommes

En novembre 1965 Chiang Kai-shek donne l’ordre à deux navires (le Shan Hai et Lin Huai) d’appareiller et d’aller évacuer des soldats blessés sur les ‘îles de Makung et Wuchiu. Les deux bâtiments sont repérés par la marine chinoise et prit à partie par 12 navires de combat, le Lin Huai étant coulé, causant la mort de 90 soldats. Après ce nouvel échec, Chiang Kai-shek commença à renoncer à son grand projet d’offensive, le rapport de force militaire lui étant plus défavorable qu’il ne l’avait cru. De plus, en 1971 la République de Chine (Taïwan) perd son siège aux Nations unies et n’est plus reconnue officiellement, ce qui signifie clairement qu’elle ne bénéficierait d’aucun soutien international en cas de guerre contre la Chine communiste. Le projet est mis en sommeil.

Ce n’est toutefois que le 7 juillet 1972 que le bureau chargé de la supervision du Project National Glory est dissout définitivement. Chiang Kai-shek ne verra jamais son rêve de la réunification chinoise se réaliser. Il meurt le 5 avril 1975.

NO COMMENTS

Laisser un commentaire