Le Black Cats Squadron: l’escadrille fantôme

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L'équipage des Black Cats Squadron

Si les liens unissant Taïwan aux États-Unis peuvent sembler distendus aujourd’hui, en particulier sur le plan militaire, Taïwan fut néanmoins par le passé un allié majeur de la première puissance mondiale dans sa lutte contre le communisme, en particulier contre le communisme chinois et son armée. L’escadron de reconnaissance Black Cats (Chats noirs – 黑貓中隊) en fut l’un des symboles les plus marquant.

Équipé du célèbre avion espion Lockeed U2 (que seul Taïwan utilisa hors États-Unis), ses hommes menèrent pendant pas moins de 13 années des missions de reconnaissances à haute-altitude au-dessus de l’immense République populaire de Chine. Une tâche des plus difficiles de part le pilotage extrêmement difficile de l’avion et la défense aérienne chinoise, comme en atteste le nombre de pilotes y ayant perdu la vie. Ce petit article a pour simple but de faire connaître (ou de rappeler) l’existence de ces hommes d’exception.

Cette escadrille spéciale a été formée en 1961 et est commandée alors par le Colonel Lu Xiliang (盧錫良) qui naquit à Shanghai et fut formé aux États-Unis. La première mission constitua en un survol de la province du Fujian le 13 janvier 1962. Ces vols étaient particulièrement longs (en moyenne jusqu’à 9 heures) et nécessitaient une concentration permanente de la part du pilote étant donné le comportement « capricieux » de l’avion U2 : l’écart entre la vitesse maximale à ne pas dépasser et la vitesse de décrochage étant à peine de 10 nœuds (environ 18 kilomètres/heure), la moindre erreur pouvait être fatale. A cela s’ajoutait la défense aérienne chinoise qui préleva un tribu au Chats Noirs : quatre pilotes seront ainsi tués dans la destruction de leur avion par des missiles sol-air SA-2 Guideline mis en œuvre par la Chine, deux autres étant abattus et capturés. C’est également 5 pilotes qui perdront la vie lors de vols d’entraînement, portant à 9 le nombre de décès dans l’escadrille.

Colonel Lu Xiliang (盧錫良)

Néanmoins ces missions étaient des plus utiles : au total ce ne seront pas moins de 200 missions qui auront été accomplies, la plupart au-dessus de la Chine populaire, plus rarement en Corée du Nord ou à la frontière entre l’Union soviétique et la Chine populaire. C’est une mission de l’escadron qui permit ainsi de détecter le premier essai nucléaire chinois réussi, en mai 1969. Pour cette mission, l’appareil espion largua un détecteur de radiation spécifiquement conçu pour s’autodétruire une fois au sol après avoir volé pendant 13 heures. D’autres missions portèrent sur l’étude et l’analyse des radars mis en œuvre par l’armée chinoise. La reconnaissance de la République populaire de Chine et l’éviction de Taïwan de l’ONU par les États-Unis en 1974 signifièrent la fin des missions secrètes aux dessus de la Chine, l’escadrille étant dissoute peu après.

L’escadrille aura compté officiellement 28 pilotes dans ses rangs. Celui ayant accompli le plus grand nombre de missions est Chu Chien, avec 23 vols. À l’opposé, si Yaohua Chih fit partie de l’escadrille lors de l’année de sa création, il se tua en mars 1961 lors d’un entraînement sans avoir pu mener de mission. Aujourd’hui les pilotes se sont retrouvés à plusieurs reprises pour commémorer leurs états de service, notamment au cours de plusieurs dîners les ayant réunis. De même un livre (en chinois) a été publié qui relate leurs aventures. Pour la personne maîtrisant le chinois ce livre est à conseiller tant les informations y sont nombreuses avec notamment bon nombre de photos.

Pour aller plus loin:

2 COMMENTS

  1. Très intéressant article. Je ne connaissais pas cette histoire. C’est moche pour celui qui s’est tué en entrainement, il n’aura pas eu l’honneur d’effectuer une seule mission. N’empêche, quand on y pense, avec le rapprochement entre les 2 « pays », « nations », « trucs », on se dit que tout ces morts n’ont servi à rien. Comme toujours d’ailleurs dans une guerre …

  2. Merci d’avoir apprécié cet article ! J’apprécie d’avoir fait découvrir quelque chose à quelqu’un.

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