En mémoire de Françoise Zylberberg

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Françoise nous a quitté cet été. « Zyl » ne sera plus dans les allées de son Pigeonnier, nous causer de tel bouquin ou jouer de son orgue de barbarie. J’étais en France lors de son déçès, je l’ai appris un matin, en ouvrant mes mails. Moche nouvelle. Putain fait chier…

Je souhaite présenter mes sincères condoléances à sa famille et à l’équipe du Pigeonnier.

Taiwan Aujourd’hui publiait en juin 2007 un article sur Françoise et sa librairie. Le texte et la photo sont de Julie Jammot.

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Un coin de librairie

Taiwan Aujourd’hui, Un coin de librairie, Auteur: Julie Jammot. Photo de Julie Jammot. Date de publication: 1/6/2007 Lien: http://taiwanauj.nat.gov.tw/ct.asp?xItem=30385&CtNode=1642

Françoise Zylberberg nous a ouvert les portes de sa librairie et raconté comment on vend des livres français à Taiwan

Une librairie qui s’appelle Le Pigeonnier, jusque là, rien d’extraordinaire. De nombreuses boutiques à Taipei portent des noms français, cela fait chic. Mais celle-ci est vraiment une librairie française, avec deux pièces où l’écrasante majorité des livres qui remplissent les étagères sont écrits dans la langue de Molière. L’essentiel de la clientèle est cependant constitué de Taiwanais… Françoise Zylberberg en avait déjà fait l’expérience, quand elle s’était lancée dans la vente de cartes postales dans l’île, en 1986. Certes, les touristes en achetaient plusieurs par personne, mais ces ventes-là sont toujours restées négligeables par rapport à celles aux habitants, qui n’en achetaient pourtant qu’une à la fois. De même à la librairie, ce ne sont pas les 2 000 Français vivant dans l’île qui font tourner la boutique, mais bien les Taiwanais.

La libraire se souvient d’ailleurs que la demande vient des insulaires : « Quand j’étais professeur de français à l’université nationale de Taiwan, à Taipei, (NTU), mes étudiants se plaignaient souvent de ne rien avoir à lire. » Encouragée par l’équipe culturelle de l’Institut français, elle s’est lancée, et l’ouverture a eu lieu en juin 1999, malgré celle de la Fnac Taiwan à la même période. Mais les rayons de livres français dans le grand magasin ont rapidement rétréci pour presque disparaître au bout de quelques années. Le Pigeonnier est resté quasiment seul sur ce créneau, sans que ce soit pour autant un marché fac ile, et encore moins lucratif.

Culture et stratégies commerciales

Loin d’être anodin, le choix de l’emplacement dans une des multiples allées de Taipei répond à une stratégie d’ensemble. Françoise Zylberberg explique que l’implantation dans une ruelle permet d’obtenir trois fois plus d’espace pour le même prix. Or, « nous sommes un commerce spécialisé, explique-t-elle. Cela signifie que personne ne s’arrête par hasard, en passant devant… Il faut une raison pour venir la première fois. » C’est à cette tâche qu’elle consacre une grande partie de son énergie : faire connaître le Pigeonnier à tous ceux ayant un lien avec le français, la librairie ne pouvant survivre si elle se contente d’attendre les clients.

Elle diversifie donc ses activités, notamment en organisant des animations tout au long de l’année. Récemment, le Pigeonnier a ainsi reçu la visite de Faïza Guène, jeune auteur française. A l’occasion des élections présidentielles françaises, une centaine de personnes sont venues assister à l’annonce des résultats en direct dans la boutique à 2 h du matin, et écouter les commentaires de journalistes, sociologues et autres experts, français ou taiwanais, invités. Ce type d’animations, tout comme les spectacles ou les rencontres philosophiques, permet des échanges culturels qui sont une des raisons d’être de la librairie. Chaque fois qu’une personnalité française, notamment liée à la culture, passe par Taiwan, Françoise Zylberberg essaie de l’inviter au magasin. Les personnes venues assister à l’animation, expatriées ou taiwanaises, savent désormais ainsi où trouver un roman français ou du choix dans les méthodes de langue…

Françoise Zylberberg s’est toujours efforcée de faire vivre le français. Les plus de 40 ans se souviennent encore de Salut les copains, émission de télévision qu’elle présentait à Taiwan avec ses collègues Jacques Picoux et Maria Chiu. Arrivée à Taiwan en 1979 en tant que professeur de français envoyée par Paris VII dans le cadre d’une coopération avec la NTU, elle décide, avec son collègue français, et avec le soutien de Michel Alliot, alors président de Paris VII, de donner des cours de langue à la télévision taiwanaise. C’est ainsi que les professeurs et la classetémoin commencent à consacrer des nuits entières aux répétitions et enregistrements. Trois épisodes sont diffusés chaque semaine, sur Chinese Television System (CTS), l’une des trois chaînes nationales, qui proposait déjà de nombreux programmes éducatifs. L’émission remporte un vif succès, puisque 3 000 à 4 000 personnes s’inscrivent pour recevoir les feuilles d’exercices à renvoyer à la correction chaque semaine. Mais le plus étonnant reste son énorme audience populaire, même auprès de ceux qui ne désiraient pas apprendre le français : le rythme enlevé de l’émission, les costumes, la méthode non conventionnelle pour l’époque, sans traduction simultanée, les interactions avec les élèves de la classe témoin, qui apprenaient véritablement au fur et à mesure, et avec le public, faisaient de Salut les copains un véritable rendez-vous hebdomadaire à ne pas manquer. Ils enregistraient aussi à la radio, et pendant les week-ends, les deux professeurs français se rendaient en province, pour rencontrer leurs élèves enthousiastes. « On s’apercevait que certains avaient appris par cœur des pans entiers des épisodes !, relate Françoise Zylberberg avec une passion encore perceptible. Mais l’aventure s’est arrêtée en 1982, sans que les épisodes du niveau 2 qu’on avait tournés soient diffusés, parce que l’Association française pour le développement culturel et scientifique en Asie considérait que le français ne devait pas être enseigné ainsi, avec humour et par le biais de la télévision. »

L’édition, c’est son rayon

Françoise Zylberberg a ainsi exploré de nombreuses facettes de l’enseignement du français. Aujourd’hui, elle est évidemment plus concentrée sur l’approche par les méthodes de langue, leurs ventes étant vitales pour la librairie. De plus en plus de jeunes Taiwanais apprennent le français, on en dénombre aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers. En tant que vitrine de l’édition française, Le Pigeonnier invite régulièrement des professeurs de français à venir découvrir les nouveautés des maisons qu’il représente. « Comme pour les autres animations, cela nécessite du temps et de l’argent pour la préparation, mais après, certains reviennent, d’autant qu’en discutant avec eux, on s’efforce de cerner leurs besoins et de leur proposer ensuite les méthodes qui leur conviennent le mieux », détaille-t-elle encore.

Autre activité liée aux maisons d’édition, la participation chaque année au Salon international du livre de Taipei (TIBE), le plus grand d’Asie. Partenaire du Bureau international de l’édition française (BIEF), Le Pigeonnier touche à cette occasion un public nouveau. Une partie des invendus est ensuite rachetée par la librairie, et le reste offert à des universités et à des bibliothèques. La librairie doit ainsi constamment chercher un équilibre entre la nécessité de proposer un choix assez large et celle de ne pas faire trop de stocks, car renvoyer les livres en France coûte trop cher. Même avec 8 ans d’expérience, cela reste la principale difficulté.

Peu après les débuts de la librairie, Françoise Zylberberg a ellemême lancé sa propre maison d’édition, qui publie des sujets divers dans des formats variés. « Chaque livre est un projet, une collection à lui tout seul, raconte-t-elle . S’il y a un marché ou, tout simplement, si cela m’inspire, je publie. » Un beau livre sur les artisans créateurs en France a ainsi vu le jour, mais aussi le compte-rendu d’une rencontre qui a eu lieu au magasin avec l’historien Pierre Vidal-Naquet, ou encore un petit livre sur des traditions populaires de la région natale de Françoise, le Quercy, en France.

C’est ainsi que Le Pigeonnier mène son chemin, fort de l’expérience de sa libraire, des Pigeon Postcards aux éditions du Pigeonnier, en passant par Salut les copains, transmettant une passion sans faille pour la langue française et les rencontres culturelles.

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L’Association des Francais de Taiwan avait organisé un « Barbaroké » au Pigeonnier. Je vous invite à voir ou revoir les photos de cette excellent journée ! Le lien: http://picasaweb.google.fr/photos.aft/20042008BarbarokeAuPigeonnier#

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L’annonce parue sur le site du Pigeonnier (source: http://www.llp.com.tw/default/subject/annonce/annonce.html)

1 COMMENT

  1. Ma zyl chérie, au revoir. Ce n’est qu’aujourd’hui que j’apprends que tu n’es plus là. Mais si, ma belle, toujours là, tu te souviens, OK pour le Sancerre vers 20h
    Et plein de baisers pour Sophie

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