Organisation bouddhiste: les guides silencieux de Tzu Chi

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Sur la côte est de Taiwan, un bon cadavre est difficile à trouver, du moins cela était encore le cas il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui, une organisation bouddhiste a peut-être trouvé une solution pour répondre à la pénurie.

Durant des années, les écoles de médecine étaient à cours de cadavres pour effectuer leurs recherches et formations. Les corps utilisés étaient pour une grande majorité des donneurs involontaires, souvent des patients décédés d’institutions psychiatriques. Le problème majeure est culturel: la tradition confucéenne voit le corps comme un cadeau précieux des parents. A la mort d’une personne, le corps devrait être brûlé entier et intact.

Dans le milieu des années 90, l’organisation Tzu Chi débute son programme intitulé « Silent Mentors », que l’on pourrait traduire en français par « guides silencieux ».

Basé à Taiwan, Tzu Chi est la plus importante organisation bouddhiste de charité au monde, avec 10 millions de membres et 2 millions de volontaires à travers le globe. En 1994, l’organisation a appelé ses membres a faire don de leur corps pour la formation et recherche médicale.

L’appel a été entendu. Aujourd’hui, près de 25 000 personnes ont signé et des centaines ont déjà donné leur coprs à la médecine.

Le ratio étudiant en médecine – cadavre était de 100 pour 1, aujourd’hui, il est de 15 pour 1.

Tseng Guo-fang, directeur du département des cours de simulation opératoire à l’école de médecine de Tzu Chi, indique que l’appel a un effet « boule de neige, c’est devenu vraiment important, nous ne pouvons pas l’arrêter » Il ajoute que « le succès du programme réside dans la promesse du respect du donneur et une utilisation utile du corps ».

Dans la majorité des écoles de médecine, les cadavres destinés à la recherche sont des « morceaux de viande sans nom ». Ici, les étudiants apprennent à connaître la famille, sa vie et parfois même, ils rencontrent le donneur avant son décès.

« La famille connaît ainsi les personnes qui vont disséquer leur bien-aimé » dit Tseng. « Cela entraine une nouvelle relation basée sur l’appréciation mutuelle et la confiance ».

Huang Jian-yi, 54 ans, est un membre d’une de ces familles. Son père, atteint d’un cancer des poumons, avait signé au programme. Certains membres de la famille n’étaient pas très enthousiastes, mais aujourd’hui, ils ont tous évolué dans leur perception du programme, et l’apprécient, dit-il

« Ce que j’apprécie le plus est le respect et la révérence envers les guides silencieux » ajoute Huang.

Des cérémonies religieuses ont lieu avant et après l’utilisation du corps. Les étudiants se joignent à la famille du donneur. Après qu’un corps ait été utilisé, il est délicatement recousu et habillé. Les étudiants présentent leur gratitude au donneur et offrent des fleurs aux membres de la famille. Ensuite, dans une procession solennelle, le corps est emmené pour la crémation.

Ces rîtes sont non seulement une source de soutien pour les familles, mais ils aident aussi les étudiants.

A Taiwan, où les croyances sont fortes, les écoles de médecine tiennent souvent de scènes à des histoires de fantômes. Il est commun d’entendre des rumeurs concernant des étudiants atteints de divers maux après avoir été irrespectueux envers des cadavres, ou encore atteints de troubles psychiques.

Attention, la vidéo ci-dessous peut contenir des images sensibles.

Tseng est étudiant en médecine, et il dit se sentir « coupable » lorsqu’il opère sur des cadavres.
« Ce n’est pas correct de disséquer quelqu’un qui n’a pas été volontaire pour donner son corps à la médecine », ajoute-t-il, « je voudrais m’excuser auprès du corps, mais il n’y a aucun moyen pour présenter ma gratitude ».

Les étudiants taiwanais en médecine qui participent au programme de Tzu Chi sont moins sujets à ces sentiments de culpabilité, car ils savent que la personne avait fait don de son corps de manière volontaire.

Josephine I-Hwei Chen est aussi une proche d’un guide silencieux. Son père était un « ancien de Tzu Chi respecté ». En 2003, il a été le premier donneur pour les cours de simulation opératoire. Avant, les corps étaient seulement embaumés et utilisés pour les cours d’anatomie.
« Nous pensions qu’il était une montagne, que nous pourrions toujours compter sur lui, » dit Chen. « La dernière fois que nous l’avons, il souriait ».

Les cadavres embaumés ne sont pas bon pour les simulation opératoires, car les conditions du corps sont trop différentes d’un corps vivant. Pour ces simulations, Tzu Chi gèle les cadavres.

Dans ce cas, les corps des donneurs doivent être livrés à Tzu Chi dans un délai de 8 heures après leur mort. Ils sont alors placés dans l’un des 32 congélateurs et gelés à une température juste en-dessous de 0 degrés. Lorsque l’école a un besoin, les corps sont décongelés durant une durée de 3-4 jours et ensuite utilisés pour les cours.

Ce fut le cas pour le père de Chen. Dix mois après sa mort, son corps a été décongelé. La famille et les étudiants ont célébré une cérémonie dans la salle d’opération juste avant le cours. Ils se sont réunis en cercle autour du corps et ont chanté des sutras bouddhistes.

Chen dit que le don des guides silencieux, comme son père, est une étape importante pour la formation des docteurs, pour de meilleurs aptitudes. Sinon, les corps sont juste enterrés ou brûlés, gaspillant une ressource médialce précieuse.

« Dans l’avenir, nous espérons pouvoir sauver plus de monde » dit Chen. « Ainsi, nous tournons quelque chose d’inutile en quelque chose d’utile. »

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Traduit de l’anglais par Yuande.
Article original de Jonathan Adams, « Need a cadaver? Head to Taiwan » http://www.globalpost.com/dispatch/china-and-its-neighbors/091015/need-cadaver-head-taiwan
Vidéo de Jonathan Adams

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