Prince of Tears, le nouveau film de Yonfan à voir absolument

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« Prince of Tears » raconte l’histoire de la famille Sun. Le père, un pilote des forces aériennes, vit avec sa femme et leurs 2 filles dans un village de Taïwan, réservé aux familles de militaires. Ils vivent dans des conditions privilégiées par rapport à la plupart des habitants, mais n’échappent pas à la peur qui se propage dans toute l’île.

Avant propos

En 1949, le Généralissime Chiang kai-Shek se réfugie avec son armée et plus de deux millions de civils chinois sur l’île de Taiwan, avec le rêve de retourner un jour sur le continent et vaincre les communistes. Taiwan venait tout juste de sortir de 50 ans d’occupation japonaise, et pour beaucoup de taiwanais, l’arrivée des nationalistes chinois n’étaient pas vraiment perçu comme une délivrance.

Les chinois occupaient tous les échelons de l’administration, s’octroyaient de force les terres, reléguant les taiwanais à un niveau de vie inférieure. Ces injustices exaspérèrent les taiwanais, et le 27 février 1947, un incident éclata entre des agents du gouvernement et une vieille femme, vendeuse de cigarettes de contrebande. La vieille femme fut violemment jetée à terre, et la scène ne manqua pas de scandaliser les badauds, donnant lieu à des affrontements dans lesquels un homme trouve la mort. Le lendemain, le 28 février 1947, une foule incroyable se rassemble dans les rues de Taipei, et consécutivement des révoltes envers le gouvernement ont lieu dans bon nombre de villes de l’île. La loi martiale est alors déclarée et les troupes armées nationalistes tirent sur la foule. La rébellion est finalement écrasée, mais l’armée continue son action les jours suivants, en arrêtant et en exécutant les personnes sensées être capables de mener un mouvement de résistance contre le gouvernement nationaliste. Bon nombre de ces personnes exécutées ou disparues se trouvent être des leaders politiques et intellectuels taïwanais. Les chiffres sont flous, mais on admet qu’entre 18 000 et 28 000 taiwanais furent exécutés durant plusieurs mois. Aujourd’hui, on se remémore cette période sous le nom de « l’incident du 228 » (lire l’article ici).

Par la suite, le gouvernement nationaliste voyait des agents communistes dans chaque famille, dans chaque intellectuel taiwanais, dans chaque contestataire et s’installa alors une période de terreur, appelée la « Terreur blanche ». Cette période est en général située dans les années 50 et 60, mais pour certains opposants, elle s’est poursuivie jusque dans les année 80 avec des disparitions et des meurtres d’opposants ou leurs familles (Lin Family Massacre et Lin Yi-hsiung, Kaohsiung incident) Durant ces années sombres, plus de 3 000 personnes, taiwanais mais aussi des chinois réfugiés de 1949, furent condamnées et exécutées, et 8 000 furent emprisonnées.

Prince of Tears

Le film

« Prince of Tears » raconte l’histoire de la famille Sun. Le père, un pilote des forces aériennes, vit avec sa femme et leurs 2 filles dans un village de Taïwan, réservé aux familles de militaires. Ils vivent dans des conditions privilégiées par rapport à la plupart des habitants, mais n’échappent pas à la peur qui se propage dans toute l’île. Le père est arrêté, la mère emprisonnée et les deux filles confiées à un ami de la famille, certainement un traître jaloux. L’action se déroule dans les années 50, pendant la période appelée « Terreur blanche » où étaient persécutés les dissidents suspectés de communisme.

Le réalisateur hongkongais, Yon Fan, admet que le film est en partie basé sur ses souvenirs d’enfance passés à Taiwan durant les années cinquante et soixante. Yon Fan est né en 1947 dans le Hunan, en Chine, mais ses parents décidèrent de fuir le régime communiste et la famille émigra à Hong-Kong dans un premier temps, puis Taiwan ensuite. Yon Fan retourna à Hong-Kong et travailla comme photographe. En 1968, il part étudier le cinéma aux Etats-Unis. Après ses études et plusieurs années de voyage en Europe, il retourna à nouveau à Hong-Kong en 1973 et devint un talentueux photographe. En 1984, il signe son premier film, « Une certaine romance« .

Yon Fan nous livre ici un film poignant, une histoire d’amour, de haine et de guerre. On ne sort pas indemne de la salle de cinéma tant la cruauté de l’époque nous donne la nausée.

Fiche du film

  • Réalisé par Yonfan
  • Année de production : 2009
  • Sortie dans les salles à Taiwan le 22 octobre 2009
  • Avec FAN Chin-Wei, CHANG Joseph, KWAN Terri, YAN Xin-Rou, CAI Pei-Han, LEE Bo-Shiuan, ZHU Xuan, et aussi TSANG Kenneth, Chiao Chiao, KAO Jack, LI Lieh, LIN Yo-Wei
  • Titre original : Lei wangzi – 淚王子
  • Genre : Drame
  • Durée : 2h00 min.
  • Musique composée par YU Yat-Yiu et interprétée par George LAM
  • Production Design par Yonfan
  • Edité par KONG Chi-Leung, Derek HUI
  • Line Producer Wade YAO, Aileen LI, Jean LI HU
  • Produit par Fruit CHAN
  • Site officiel: http://www.princeoftears.com/
  • Facebook: http://www.facebook.com/PrinceofTearsfans

Bande annonce

7 COMMENTS

  1. j’espère qu’il sera projeté dans les salles françaises, je pense qu’il vaut largement la peine. Mais je n’ai pas de date pour l’instant.

  2. tu as raison Alain, et j’ai modifié l’article un présentant un peu plus mes propos. Quand on parle de la terreur blanche, on pense généralment aux années 50 et 60. Mais pour certains, elle s’est poursuivie jusque dans les années 1980, avec plusieurs meurtres et disparitions non-élucidés.

    On se rappelle celui de la mère et des deux fillettes du politicien Lin Yi-hsiung (林義雄) un 28 février 1980, et plus-tard, celui de Chen Wen-cheng (陳文成) professeur aux USA.
    Ces meurtres sont toujours non-résolus, et il semble que d’autres familles sont toujours en attente d’une conclusion …

    Donc oui, on peut dire que la terreur blanche se réfère à la plus dure période du régime autoritaire du KMT, mais je pense qu’elle peut aussi se référer jusqu’au années 80 ?!

  3. mouais, je ne sais rien de ces meurtres dont tu parles yuande, mais quand même, Taiwan était déjà bien ouvert dans les années 70-80, non ? L’île a connu un boom économique, les gens devenaient plus riches et la contestation était moindre. Mais peut-être que je me trompe.

  4. oui certainement Vince, mais la contestation était là, des revendications de « démocratie », une citoyenneté taiwanaise naissait. L’incident de Kaohsiung a certainement été l’élément déclencheur de ce qui s’est passé plus-tard dans le processus de démocratisation.

    Je souhaite simplement souligner qu’il ne faut pas oublier ces familles, pour qui la justice ne s’est pas prononcée.

    La fille ainée de Lin Yi-hsiung avait survécu, elle est mariée aujourd’hui à un américain je crois et elle a 3 ravissantes filles. Un article qu’elle a écrit intéressant à lire: http://www.taiwandc.org/judylinton-Mar2008.htm

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