Japon: L’inquiétant M. Aso

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Le Premier Ministre a chuté de près de 10% en un mois dans les sondages. L’opinion, la presse et la classe politique lui reprochent ses gaffes à répétition.

Le Premier Ministre perd les faveurs de la presse et de l’opinion publique
Fin septembre 2008, lorsqu’il est arrivé au pouvoir, Taro Aso était perçu comme l’homme providentiel. Fan de mangas, il semblait en phase avec la société japonaise. Bien qu’étant un éléphant du Parti libéral-démocrate (PLD), il incarnait une nouvelle chance pour la classe politique japonaise, après quatre changements de Premier Ministre en seulement deux ans. A cette époque, le New York Times soulignait que s’il faisait preuve de suffisamment de pragmatisme pour moderniser l’économie et éviter l’écueil politique du nationalisme, M. Aso serait probablement un Premier Ministre victorieux.

C’était il y a deux mois. Depuis, comme nombre de ses prédécesseurs, le Premier Ministre a déçu. Premier grief : ses erreurs de communication.

M. Aso a par exemple réussi, en une seule phrase, à se mettre les médecins à dos. Mercredi 19 novembre, alors qu’il discutait du manque de docteurs au Japon, le Premier Ministre a affirmé à leur sujet : « Il y en a beaucoup qui manquent d’un [certain] degré de bon sens. Leurs valeurs sont très différentes ». Le même jour, lors d’une réunion de parents dans une crèche privée, il expliquait que les enseignants devraient inculquer la discipline aux mères plutôt qu’aux élèves.

Le mode de vie du Premier Ministre n’a pas non plus séduit. Alors que le pays s’enfonce dans la récession, M. Aso sort le soir, dans les lieux les plus huppés de la ville et ses proches expliquent qu’il n’arrive pas à dormir « sans avoir fumé un bon cigare et s’être relaxé dans un bar ».

Les faux pas dans la communication gouvernementale ont également touché l’annonce du plan de relance de l’économie – la priorité du Premier Ministre – en pleine crise financière. Le 31 octobre, Taro Aso présentait un plan de près de 40 milliards d’euros pour sortir le pays du marasme économique, dont 16 milliards d’euros de rabattements fiscaux et autres mesures incitant les ménages à consommer davantage. Moins de 24 heures plus tard, le Ministre de l’économie critiquait ce plan, soulignant qu’il ne serait pas juste que les plus riches profitent aussi de ces mesures. En réponse, M. Aso a proposé que les riches refusent ces mesures sur la base du volontariat, ce qui a fait à la fois sourire et grincer des dents.

Ces maladresses laissent la presse japonaise sceptique. Dans un article intitulé « M. Aso doit devenir sérieux », les éditorialistes du Japan Times s’interrogent. « Le comportement récent du Premier ministre Taro Aso amène à se demander s’il prend les lourdes responsabilités attachées à son travail assez au sérieux » écrivent-ils.

Les Japonais semblent perdre rapidement confiance en lui. Lors d’un sondage publié le 13 novembre par Fuji TV, le gouvernement de M. Aso n’était crédité que de 32,6% d’opinions favorables, soit une baisse de 9,8% par rapport au mois d’octobre.

Mais au-delà de la population et de la presse, c’est au sein même de son parti que le Premier Ministre s’est aliéné des soutiens. Comme l’a expliqué, Ichita Yamamoto, lui-même membre du PLD, « Beaucoup de gens dans le parti ont déjà commencé à parler de la situation post-Aso ».

Avec la participation de http://japon.aujourdhuilemonde.com/

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