Thailande: Chroniques de derrière les barreaux

0

Les prisons thaïlandaises comme vous ne les avez jamais vues ! Pascal P., incarcéré à la prison de haute sécurité de Klong Prem, à Bangkok, nous décrit chaque mois son quotidien : un regard sans concession sur la vie carcérale au pays du sourire.

J’ouvre un œil et me redresse vivement pour m’asseoir en tailleur sur ma natte. Tous les habitants de la cellule font de même, le gardien arrive et nous compte.
La chambre reprend vie, il y a la queue à l’unique toilette. Sonchai distribue à qui veut verre de Nescafé ou Ovaltine, les ventilateurs dissipent péniblement le nuage de fumée des premières cigarettes. Il est six heures. Nous attendons l’ouverture des portes en lisant, discutant, fumant.
Vers sept heures nous quittons nos cages. Je me rends au coffee shop pour acheter ma dose quotidienne de nicotine et pour ma commande (café, nourriture) pour le lendemain. Ensuite je rejoins ma maison, je prends le café, les repas. Petit déjeuner vite expédié, et varie selon les finances du moment. Puis je me rends à la douche, d’autres m’ont précédé ?
A huit heures, nous écoutons l’hymne national puis les esclaves rejoignent les ateliers. Ici on travaille gratuitement ou au mieux pour un salaire très symbolique. Comme tous les non-asiatiques, je ne suis pas astreint au travail. Il reste à occuper la journée ! Je fais à ce moment là un peu de jogging, de musculation, pendant une petite heure. Ici et là, les groupes se forment: on joue au backgammon, discute, cuisine, fait la sieste sur un relax bricolé. Je croise le «chariot» des gamelles, riz et soupe, comme chaque jour. Il doit être neuf heures. Un peu plus tard, suant et épuisé, je retourne prendre une douche, passe par le coffee shop pour m’offrir un soda et prendre livraison de la commande de la veille. Et je rejoins mes potes. Il est près de 11h30. On attend la gamelle qui ne devrait pas tarder, casse une petite croute et puis on fait sa correspondance, joue aux échecs, aux dames. On tend l’oreille car le haut parleur égrène des noms, les visites, le courrier, peut-être aujourd’hui… non. Bon, peut-être demain.
Et cahin caha, vers 15h30 après une dernière douche, nous regagnons nos cages. Là on s’occupe comme on peut. Lecture, courrier, repas, on regarde la TV (uniquement les chaines thaï…et la télé est coupée vers 22h). Le calme revient, on s’endort, à peine gêné par les flatulences des voisins, les allées et venues aux toilettes, la ronde des gardiens.
Encore quelques années à vivre à ce rythme…

Les autres chroniques sur Gavroche Thailande Magazine

NO COMMENTS