D’un bord à l’autre de l’échiquier politique, les déclarations ont été nombreuses et contrastées sur la décision de la justice de placer l’ancien président de la République en détention provisoire.

Dans le camp démocrate-progressiste, les condamnations ont été nombreuses : une vingtaine de députés au Yuan législatif a protesté contre le fait que Chen Shui-bian ait été menotté à sa sortie de la cour et placé derrière les barreaux, y voyant la preuve d’une volonté délibérée du gouvernement d’« écraser l’opposition sous le couvert de la démocratie et de la justice ».

Joignant le geste à la parole, des députés municipaux de Kaohsiung ont pour leur part demandé la démission de Ma Ying-jeou, les poignets entravés par des menottes symboliques.

En conférence de presse, la présidente du Parti démocrate-progressiste (DPP) Tsai Ing-wen a quant à elle déclaré que cette détention était « un abus de pouvoir ». « Nous espérons des autorités qu’elles respectent davantage les droits de l’homme », a-t-elle dit en soulignant l’humiliation que représentait la façon dont l’ancien chef de l’Etat a été arrêté.

Du côté du Kuomintang (KMT), après avoir ouvertement manifesté leur satisfaction mardi, les députés ont adopté une attitude plus neutre hier. Le président du KMT, Wu Poh-hsiung a estimé qu’il était inapproprié de se réjouir d’un tel événement. « C’est un malheur pour le pays de voir un de ses anciens dirigeants mis en détention », a-t-il insisté.

Le député KMT Wu Yu-sheng est allé dans le même sens en demandant ses camarades à ne pas provoquer leurs collègues du DPP, tout en appelant ces derniers à arrêter de parler de persécution politique.

Le président de la République Ma Ying-jeou, enfin, s’est longuement exprimé sur le sujet, insistant en particulier sur le fait que Chen Shui-bian doit être considéré comme innocent tant qu’il n’aura pas été jugé coupable.

Ma Ying-jeou a par ailleurs vivement nié toute interférence de sa part dans le cours de la justice et exhorté son prédécesseur à se concentrer sur la préparation de sa défense plutôt que de crier à la persécution politique.

Il est nécessaire, a-t-il dit en substance, de ne pas saper la confiance de la population dans le système judiciaire. « Ce n’est pas responsable de la part d’un homme politique. »

« Si les politiciens considèrent les juges comme des ennemis ou comme des persécuteurs, nous n’auront jamais de justice indépendante et impartiale, et un pays sans justice indépendante et impartiale ne peut être considéré comme une démocratie. »

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