La Loi anti-sécession

0
  • INTRODUCTION

La Chine a adopté le 14 mars 2005, une loi dite « anti-sécession ». Cette loi a été adopté afin de contrer les idées indépendantistes du gouvernement taiwanais et de permettre la réunification de la Chine et l’île de Taiwan.

  • PETIT RAPPEL HISTORIQUE

La République de Chine (RDC) est la première république démocratique d’Asie. Elle a été fondée le 1er janvier 1912, après une révolution ayant entraîné la chute de la dernière dynastie impériale des Ching, mais fut plongée dans une guerre civile et menacée par l’empiètement étranger durant ses premières 35 années. Au lendemain de la IIe guerre mondiale, son Assemblée constituante a adopté en 1946 une constitution.

En 1949, après que les communistes dirigés par Mao eurent pris le contrôle de la Chine continentale, le gouvernement de le République de Chine se replia à TAIWAN et installa sa capitale provisoire à TAIPEI. L’espoir de reconquérir un jour le continent perdura jusque dans les années 80. Aujourd’hui, le gouvernement de la République de Chine exerce son contrôle sur l’île de TAIWAN et les îles environnantes (Kinmen – Matsu – Penghu et quelques douzaines de petites îles), un ensemble appelé « Taiwan », mais n’a aucun pouvoir sur le continent.

En 1971, l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) adopta la résolution 2758 (XXVI) qui attribuait un siège à la République populaire de Chine (RPC), contraignant ainsi la RDC à se retirer de tous les organismes et à ne plus participer aux activités des Nations unies.

Depuis, du point de vue de l’ONU, Taiwan est officiellement une « province » de la RPC et son gouvernement n’a aucun statut légal. Mais dans la pratique, la RPC ne contrôle rien à Taiwan. De fait, un statu-quo permet un certain adoucissement dans les relations entres les deux rives du détroit de Formose. Mais depuis le 14 mars 2005, Pékin s’est doté d’une Loi « légalisant » toute action « non-pacifique » contre Taiwan, si son gouvernement déclarait l’indépendance.

  • LE TEXTE DE LA LOI

source : CRIOnline

Voici le texte intégral de la Loi anti-sécession adoptée le 14 mars à Pékin lors de la 3ème session de la 10ème Assemblée populaire nationale

Article 1.

La Loi est élaborée en vertu de la Constitution, dans le but de s’opposer à et de refréner la sécession de Taïwan de la Chine réalisée par les sécessionnistes au nom de l’« indépendance de Taïwan », de promouvoir la réunification nationale pacifique, de maintenir la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan, de préserver la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de la Chine, et de sauvegarder les intérêts fondamentaux de la nation chinoise.

Article 2 .

Il n’existe qu’une seule Chine dans le monde. La partie continentale de la Chine et Taïwan appartiennent tous les deux au même pays. La souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de la Chine ne permettront aucune division. Sauvegarder la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de la Chine constitue l’obligation commune du peuple chinois dans son ensemble, y compris les compatriotes de Taïwan.

Taïwan est une partie de la Chine. L’Etat n’autorisera en aucun cas aux forces sécessionnistes de l' »indépendance de Taïwan » de séparer l’île de la Chine, sous quelque non ou par quelque moyen que ce soit.

Article 3 .

La question de Taïwan est un problème légué par la guerre civile chinoise de la fin des années 1940.

La solution de la question de Taïwan et l’achèvement de la réunification nationale constituent les affaires intérieures de la Chine, et ne font l’objet d’aucunes interférences de la part de forces extérieures.

Article 4 .

Accomplir l’immense tâche de la réunification de la mère patrie est l’obligation du peuple chinois tout entier, y compris les compatriotes de Taïwan.

Article 5 .

L’adhésion au principe d’une seule Chine est la base de la réunification pacifique du pays.

Réunifier le pays de manière pacifique répond parfaitement aux intérêts fondamentaux des compatriotes des deux rives du détroit de Taïwan. L’Etat fera tout son possible avec la plus grande sincérité afin d’achever la réunification pacifique.

Après la réunification pacifique du pays, Taïwan pourra pratiquer des systèmes différents de ceux appliqués dans la partie continentale de la Chine et jouira d’une haute autonomie.

Article 6 .

L’Etat prendra les mesures ci-après afin de maintenir la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan et de promouvoir les relations entre les deux rives du détroit:

— encourager et faciliter les échanges du personnel dans le détroit pour intensifier davantage la compréhension mutuelle et la confiance réciproque.

— encourager et faciliter les échanges et la coopération économique, réaliser des liaisons commerciales, postales, aériennes et maritimes directes, et établir des rapports économiques plus étroits entre les deux côtés du détroit.

— encourager et faciliter les échanges entre les deux côtés du détroit de Taiwan en matière d’éducation, de sciences et technologies, de culture, de santé et de sports, et travailler ensemble à la promotion des traditions culturelles chinoises.

— encourager et faciliter la coopération dans le détroit en terme de lutte contre les crimes.

— encourager et faciliter d’autres activités favorables à la paix et à la stabilité dans le détroit de Taiwan et renforcer les relations entre les deux côtés.

L’Etat protège les droits et intérêts des compatriotes de Taïwan conformément à la loi.

Article 7 .

L’Etat favorise l’achèvement de la réunification pacifique par des consultations et négociations sur la base de l’égalité entre les deux rives du détroit de Taïwan. Les consultations et négociations seront menées graduellement et par modalités flexibles et variées.

Les deux côtés du détroit de Taïwan procéderont à des consultations et négociations sur les aspects suivants:

— Mettre officiellement fin à l’état d’hostilité entre les deux côtés.

— Promouvoir le développement des relations dans le détroit de Taïwan.

— Préparer à la réunification nationale pacifique.

— Le statut politique des autorités taïwanaises.

— Le rôle régional de Taïwan dans les opérations internationales en compatibilité avec son statut.

— D’autres aspects relatifs à l’achèvement de la réunification nationale pacifique.

Article 8 .

Au cas où les forces séparatistes de l’ « indépendance de Taiwan » agiraient, sous quelque prétexte et manière que ce soit, dans le but de séparer Taïwan de la Chine, ou que de majeurs incidents provoquant la sécession de Taïwan de la Chine se produiraient, ou encore que les possiblités de la réunification pacifique seraient complètement anéanties, l’Etat aura alors recours aux moyens non-pacifiques et autres moyens nécessaires pour protéger la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de la Chine.

Le Conseil des Affaires d’Etat et la Commission militaire centrale décideront d’utiliser des moyens non-pacifiques et de prendre d’autres mesures nécessaires proposées dans le paragraphe précédent et ils soumettront immédiatement un rapport au Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale.

Article 9 .

En cas d’utilisation et d’exécution de moyens non- pacifiques et d’autres mesures nécessaires comme ceux qui sont proposés dans la loi, l’Etat fera tout son possible pour protéger les vies, biens et d’autres droits et intérêts légitimes des citoyens taïwanais et des personnes de nationalité étrangère à Taïwan, dans le but de minimiser les pertes. En même temps, l’Etat protégera les droits et intérêts des compatriotes de Taïwan dans les autres parties de la Chine conformément à la loi.

Article 10 .

La Loi entrera en vigueur à partir du jour de sa promulgation.

  • EXPLICATIONS SUR LA LOI

source : Xinhuanet

Explications sur la loi anti-sécession, par Monsieur Wang Zhaoguo, vice-président du comité permanent de l’Assemblée populaire nationale de Chine

« La loi anti-sécession contribuera à contrecarrer des activités sécessionnistes des forces indépendantistes de Taiwan et à promouvoir la réunification pacifique de la Chine », a indiqué Wang.

Les autres dispositions de cette loi sont de mettre en oeuvre la politique des autorités centrales sur Taiwan, d’exprimer suffisament la position conséquente d’entreprendre les plus grands efforts en faisant preuve de la plus grande sincérité pour la réunification pacifique, de manifester les voeux communs et la détermination inébranlable du peuple chinois tout entier de sauvegarder la souveraineté et l’intégrité territoriale de Chine, et de ne permettre jamais aux forces indépendantistes de Taiwan de séparer Taiwan de la Chine sous quelque prétexte que ce soit et de quelque manière que ce soit, selon Wang.

Le projet de loi anti-sécession, qui va être soumis aux législateurs chinois, permettra d’élargir les consultations et négociations entre les deux rives du détroit de Taiwan dans tous les domaines à partir du moment où le principe d’une seule Chine est respecté, a indiqué Wang.

Wang Zhaoguo a déclaré que le projet de loi anti-sécession exprimait clairement la position de l’Etat sur la réunification pacifique à travers des consultations et négociations sur un pied d’égalité entre les deux rives du détroit de Taiwan.

Ces consultations pourront se dérouler par étapes et sous diverses formes, a-t-il indiqué en donnant des explications sur la loi anti-sécession.

Selon cette loi, les deux parties peuvent procéder à des négociations sur la fin officielle de l’état d’hostilité entre les deux rives, le développement des relations entre Taiwan et le continent, les étapes et les arrangements pour la réunification pacifique, le statut politique des autorités de Taiwan, et d’autres problèmes concernant la réunification pacifique.

Le projet de loi anti-sécession propose cinq mesures que la Chine prendra afin de maintenir la paix et la stabilité dans le détroit de Taiwan et promouvoir les relations entre les deux côtés du détroit, a déclaré Wang.

« Le maintien de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taiwan, la promotion du développement commun ainsi que la prospérité commune constituent une aspiration partagée par les compatriotes des deux côtés du détroit et répondent à leurs intérêts communs », a souligné Wang Zhaoguo.

A cette fin, a-t-il ajouté, le projet de loi anti-sécession énonce les cinq mesures suivantes:

— encourager et faciliter les échanges du personnel dans le détroit pour intensifier davantage la compréhension mutuelle et la confiance réciproque.

— encourager et faciliter les échanges et la coopération économique, réaliser des liaisons commerciales, postales, aériennes et maritimes directes, et établir des rapports économiques plus étroits entre les deux côtés du détroit.

— encourager et faciliter les échanges entre les deux côtés dudétroit de Taiwan en matière d’éducation, de sciences et technologies, de culture, de santé et de sports, et travailler ensemble à la promotion des traditions culturelles chinoises.

— encourager et faciliter la coopération dans le détroit en terme de lutte contre les crimes.

— encourager et faciliter d’autres activités favorables à la paix et à la stabilité dans le détroit de Taiwan et au renforcement des relations entre les deux côtés.

La Chine prendra des « mesures non- pacifiques » pour empêcher la sécession de Taiwan de la Chine si tous les efforts pacifiques sont inutils, a indiqué Wang Zhaoguo.

La Chine prendrait des mesures non-pacifiques pour empêcher la sécession de Taiwan de la Chine si tous les efforts pacifiques étaient inutiles, a déclaré Wang.

« Prendre des mesures non-pacifiques pour stoper la sécession afin de sauvegarder la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Chine, tel est notre dernier recours au cas où tous nos efforts pour la réunification pacifique seraient vains », a souligné Wang, vice-président du comité permanent de l’APN de Chine, lors de son explication sur le projet de loi anti-sécession durant cette session annuelle. »

  • REACTIONS TAIWANAISES

source : TaiwanInfo

– Les réactions se multiplient contre la loi « antiséparation »

La politique chinoise de Taiwan pourrait être révisée, ont averti les dirigeants de Taipei, si Pékin adoptait comme elle entend le faire dans quelques jours une loi « antiséparation » légitimant l’usage de moyens non pacifiques contre l’île.

Chiu Tai-san, vice-ministre des Affaires continentales, a déclaré que le vote de cette législation constituerait un « défi » auquel Taiwan ne pourrait répondre qu’en modifiant sa politique à l’égard de la Chine, notamment sur la question des liens de transport aérien entre les deux rives.

Vice-présidente de la République, Lu Hsiu-lien considère que la législation en préparation sur l’autre rive, en autorisant formellement le recours à la force militaire, viole la proclamation des Nations unies sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Le ministère des Affaires étrangères a exprimé pour sa part sa « grave préoccupation », un sentiment largement répandu également chez les députés de tous bords, y compris dans le camp opposé au chef de l’Etat et pourtant traditionnellement plus proche des Chinois.

– Lu Hsiu-lien : la loi « antiséparation » va à l’encontre du TRA

De passage aux Etats-Unis, Lu Hsiu-lien, la vice-présidente de la République, a déclaré que l’esprit de la loi « antiséparation » que les Chinois entendent voter va à l’encontre des fondements sur lesquels sont établies les relations entre la Chine et les Etats-Unis, leur principe étant que les divergences dans le détroit de Taiwan doivent être résolues de manière pacifique.

Lu Hsiu-lien est arrivée samedi à Houston, au Texas, où elle a passé trois jours avant de reprendre l’avion vers le Salvador et le Guatemala, deux alliés diplomatiques de Taiwan, où elle se rend en visite officielle. Une autre escale est prévue à Miami, en Floride.

La vice-présidente de la République a souligné que la loi en gestation à Pékin ne présente pas seulement un problème pour l’île, mais aussi pour l’ensemble du monde. Et en premier lieu, pour les Etats-Unis qui sont liés eux aussi par une loi, le Taiwan Relations Act ou TRA, les engageant à trouver une résolution pacifique au conflit entre les deux rives.

Durant son étape aux Etats-Unis, Lu Hsiu-lien s’est entretenue avec le gouverneur de l’Arkansas, ainsi qu’avec des membres du Congrès américain et d’autres personnalités locales. Elle a également rencontré des Taiwanais installés sur place.

– Vote de la loi « antiséparation » : un acte irrationnel, selon Taipei

« Un acte irrationnel » sévèrement condamné : ce sont les mots choisis à Taipei pour critiquer le passage hier en Chine de la loi « antiséparation ». Toutefois, le gouvernement s’abstiendra d’y répondre par un référendum ou d’interférer dans la réaction du Parlement.

Ministre des Affaires continentales, Joseph Wu a exigé hier des autorités chinoises des excuses sincères pour leur « grave faute à l’égard des Taiwanais ». Il veut voir à Pékin des témoignages de conciliation, afin de réparer les dommages commis.

Il a rappelé que cette législation était un « chèque en blanc » donné aux militaires chinois pour intervenir contre Taiwan et qu’il s’agissait d’une violation flagrante des principes de base de la Charte des Nations unies et de celle des droits de l’homme. « La meilleure contre-mesure pour l’instant est une condamnation internationale », a-t-il souligné.

Le ministre a clairement indiqué que le gouvernement ne pousserait pas au vote ici d’une autre loi en réponse à celle qui vient d’être adoptée sur l’autre rive. Le Cabinet n’a pas non plus l’intention d’organiser un référendum sur la question.

Ce qui s’est passé hier à Pékin n’empêchera pas le ministère des Affaires continentales de continuer à promouvoir la paix et le développement dans les relations avec l’autre rive du détroit, a déclaré encore Joseph Wu qui a précisé cependant que la coopération récemment envisagée en matière de liaisons aériennes directes était pour le moment suspendue.

– Laissez l’information circuler, dit Joseph Wu aux Chinois

L’atmosphère qui règne entre les deux rives est en ce moment très « instable », estime Joseph Wu, le ministre des Affaires continentales, qui appelle Pékin à agir pour améliorer les relations avec Taiwan.

Si elle veut réparer les dommages qu’a commis l’adoption de la loi antiséparation (ou « antisécession ») la semaine dernière, la Chine devra apprendre à respecter l’opinion publique taiwanaise et renoncer à user de la force contre Taiwan quelles que soient les circonstances, a déclaré le ministre à la presse.

Un premier pas essentiel qui prouverait le respect des autorités chinoises pour la démocratie consisterait à cesser de censurer les sites taiwanais d’information en ligne, a-t-il suggéré.

« Il n’y a pas d’exception. Tous les sites d’information [taiwanais] sont bloqués par la Chine. Dans de telles conditions, comment les Chinois peuvent-ils comprendre […] ce que font et pensent les Taiwanais ? », se demande le ministre.

Un conflit militaire entre les deux rives n’est pas imminent, pense Joseph Wu, mais il faut continuer d’évaluer les conséquences de cette loi qui, dit-il, est « un nouvel élément de danger […] ajouté à des relations déjà très compliquées. »

  • REACTIONS CHINOISES

source : CRIOnline

– Certains Taiwanais soutiennent la loi anti-sécession

La « loi anti-sécession nationale » qui vient d’être adoptée par l’Assemblée Populaire Nationale de Chine (l’APN) fait l’objet du soutien des hommes d’affaires de Taiwan travaillant sur le continent chinois. Ceux qui travaillent à Shanghai et dans la province du Guangdong indiquent, lors d’une interview accordée à notre correspondant, que la « loi anti-sécession » répond à la volonté de la population vivant sur les deux rives du détroit de Taiwan, prend en considération ses intérêts, et favorise la promotion des échanges. Ecoutons le reportage réalisé par notre confrère Gong Wanpeng.

Ces dernières années, les autorités Taiwanaises multiplient les activités scissionnistes à propos de l’ « indépendance de Taiwan », randant très tendue la situation politique entre les deux rives du détroit. Mais grâce aux efforts du continent chinois, les relations économiques et commerciales entre les deux rives ne cessent de se développer. Malgré l’obstruction des autorités Taiwanaises, de plus en plus d’hommes d’affaires de Taiwan viennent sur le continent pour créer leurs entreprises. Rien qu’en 2004, le montant des capitaux qu’ils ont investi sur le continent s’est élevé à plus de 9 milliards de dollars, et les chiffres d’affaires entre les deux rives du détroit de Taiwan ont atteint cette année 78 milliards de dollars.

Avant la publication de la « loi anti-sécession », les hommes d’affaires de Taiwan craignaient que cette dernière ne soit une loi préparant la guerre, comme ils l’avaient entendu dire. Mais après avoir lu attentivement le contenu de cette loi, ils ont constaté qu’elle traitait séparément les forces scissionnistes et les compatriotes de Taiwan, incluant les hommes d’affaires. M. Ye Huide, président de l’Association des investisseurs de Taiwan à Shanghai a dit à notre correspondant :

La « loi contre la sécession » ne vise que les éléments indépendantistes, elle n’est nullement dirigée contre les habitants de Taiwan, et encore moins contre les hommes d’affaires travaillant sur le continent.

Lors d’une conférence de presse tenue ces dernières jours à Beijing, un fonctionnaire du bureau des affaires de Taiwan relevant du conseil des Affaires d’Etat de Chine a déclaré que la mise en place de la « loi anti-sécession »ne signifie pas le réajustement de la politique du gouvernement chinois vis-à-vis de Taiwan, et encore moins une prise d’attitude plus dure à son encontre. Cette loi traduit pleinement la volonté du gouvernement chinois, qui désire faire tout ce qui est en son pouvoir pour réaliser sa proposition, c’est-à-dire la réunification pacifique. Cette loi renforce les liens entre les deux rives du détroit de Taiwan, en préconisant les échanges directs en matière de télécommunication, de navigation et de commerce, tissant un plan favorable à la coopération. M. Lin Yanhong, vice-président du conseil de la fédération des investisseurs de Taiwan à Beijing, estime que la loi anti-sécession est en effet dirigée contre ce qui menace la paix et la réunification. Il dit :

Je trouve qu’il s’agit d’une loi pacifique, elle fait preuve de bonne volonté. Elle n’est pas du tout une loi de guerrière comme on l’imaginait.

Commentant la loi anti-sécession, M. Li Yuanfa, vice-président de l’Association des investisseurs de Taiwan à Beijing, a dit que l’attitude et la position traduites par l’Etat sous forme juridique dans le règlement pacifique de la question taiwanaise ont fini par dissiper ses inquiétudes. A Taiwan, il n’y a qu’une poignée d’éléments politiques qui prônent l’ « indépendance de Taiwan », ces derniers ne peuvent nullement représenter la volonté générale des Taiwanais. C’est pourquoi cette « loi anti-sécession » se conforme à la volonté du peuple chinois fort de 1,3 milliards d’individus, dont les Taiwanais. Il indique :

« On peut dire que la loi concrétise les intérêts de la nation chinoise. En tant que Chinois, j’espère que le peuple vivant sur les rives du détroit de Taiwan vivra un peu plus en paix, c’est tout ce à quoi j’aspire ».

De nombreux hommes d’affaires Taiwanais précisent lors de leur interview que les actes de l’autorité de Taiwan visant à obstruer les échanges entre les deux rives du détroit compromettent les intérêts des hommes d’affaires Taiwanais. En outre, ils déclarent que l’attitude positive et souple dont fait preuve la « loi anti-sécession » encouragera davantage d’hommes d’affaires Taiwanais à venir sur le continent. Les échanges économiques et commerciaux entre les deux rives du détroit n’en seront que plus dynamiques.

  • REACTIONS INTERNATIONALES

source : Ministère des Affaires étrangères français

– Réaction de l’Europe :

DECLARATION DE LA PRESIDENCE AU NOM DE L’UNION EUROPEENNE :

(Bruxelles, 14 mars 2005)

L’Union européenne a pris note de l’adoption d’une « loi anti-sécession » par l’Assemblée nationale populaire de la République populaire de Chine.

Dans ce contexte, l’Union européenne tient à rappeler les principes constants qui inspirent sa politique, à savoir son attachement au principe d’une Chine unique ainsi qu’à la résolution pacifique des différends, seule à même de préserver la stabilité dans le détroit de Taiwan, et son opposition à tout usage de la force.

L’Union européenne demande à toutes les parties d’éviter toute action unilatérale qui serait de nature à aviver les tensions. Elle serait préoccupée si cette adoption d’une législation évoquant l’utilisation de moyens non-pacifiques venait infirmer les récents signes de rapprochement entre les deux rives. L’Union européenne les encourage à développer les initiatives qui contribuent au dialogue et à la compréhension mutuelle dans l’esprit de l’accord sur les liaisons aériennes directes établies lors du nouvel an chinois.

L’Union européenne considère que les relations entre les deux rives doivent reposer sur un dialogue constructif et la poursuite d’avancées concrètes et réitère sa conviction qu’une telle approche est seule susceptible d’être bénéfique pour les deux parties et d’aboutir à un règlement pacifique de la question de Taiwan./.

– Réaction de la France :

DECLARATION DE LA PORTE-PAROLE ADJOINTE DU QUAI D’ORSAY
(Paris, le 15 mars 2005)

Juste concernant Taiwan, la Chine a durci le ton, la France a-t-elle une déclaration sur ce durcissement de ton à l’égard de Taiwan ? Il y a une déclaration de M. Barroso mais la France a-t-elle une déclaration particulière à faire sur la Chine aujourd’hui, après la décision de la Chine de durcir le ton si Taiwan déclare son indépendance ?

‘Vous avez noté que l’Union européenne a publié hier soir une déclaration relative à l’adoption de la loi anti-sécession de l’Assemblée nationale populaire de la République populaire de Chine .

Effectivement, nous avons reçu un certain nombre de questions depuis hier, vous m’interrogez à votre tour maintenant, je souhaiterais donc ajouter les commentaires suivants :

Nous avons pris note de l’adoption d’une loi anti-sécession par l’Assemblée nationale populaire de Chine le 14 mars.
Nous prenons également note des assurances réitérées de la Chine de privilégier le dialogue, et de développer les échanges entre les deux rives. Nous attachons du prix à ces assurances. Nous nous étions félicités à cet égard, comme nos partenaires, des récentes mesures constructives de part et d’autre du Détroit intervenues à l’occasion du nouvel An chinois.
Notre position sur la question de Taiwan est constante et sans ambiguïté : la France s’en tient au principe de l’unicité de la Chine. Comme le président de la République l’a rappelé lors de sa visite en Chine en octobre dernier, nous sommes opposés à toute initiative unilatérale susceptible de remettre en cause le statu quo. Le dialogue, seul à même de conduire à un règlement pacifique, doit demeurer l’approche privilégiée.’

Que pensez-vous des effets que peut avoir l’application de la loi anti-sécession sur les relations entre les deux rives ?
‘Je vous renvoie à la déclaration que je viens de faire, je n’ai pas de commentaires supplémentaires à ajouter.’

Cette nouvelle loi votée par le parlement chinois remet-elle en cause le désir, le souhait de la France de lever l’embargo sur les ventes d’armes à destination de la Chine ? Ce type de loi vous incite-t-il à plus de prudence, s’agissant de l’armement de la Chine ?
‘Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire hier, en réponse à une question analogue, il s’agit de sujets distincts, la question de la levée de l’embargo sur les armes à destination de la Chine relève d’une logique que vous connaissez bien, d’une position que nous avons eu souvent l’occasion d’exprimer : nous considérons que nous devons nouer avec la Chine un partenariat et que cet embargo est dépassé par rapport aux nouvelles réalités de la Chine et par rapport au partenariat que nous voulons nouer, entre l’Union européenne et la Chine notamment. Comme vous le savez, le Conseil européen des 16 et 17 décembre dernier s’est prononcé sur cette question qui sera à nouveau abordée dans le cadre du Conseil européen au cours de la présidence luxembourgeoise actuelle. Il y a donc de nouvelles échéances à 25 sur cette question.’

Bien sûr, mais pardonnez-moi, il y a une nouvelle donne, c’est cette loi dont vous parliez tout à l’heure.

‘Par ailleurs, nous avons bien noté les assurances réitérées de la Chine de privilégier le dialogue et de développer les échanges entre les deux rives. Quand nous disons que nous ‘attachons du prix à ces assurances’, c’est que nous suivons avec vigilance ce qu’il en sera de ce point de vue.’

Retrouvez les discussions relatives à la loi anti-sécession sur notre forum !

NO COMMENTS